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Fiche
Nom : Les Cinq Cents Millions de la Bégum
Auteur : Jules Verne
Date de publication : 1879

Les Cinq Cents Millions de la Bégum

Roman utopique et d'aventure scientifique racontant l'histoire d'un héritage colossal qui permet de transformer le monde ; publié avec la nouvelle Les Révoltés de la Bounty.

Résumé de l'histoire

Le roman débute par la mort de la riche Bégum Gokool, dont l'immense fortune de cinq cents millions de francs revient à deux héritiers inattendus. D'un côté se trouve le docteur français Sarrasin, humaniste convaincu et fervent défenseur du progrès scientifique au service de l'humanité. De l'autre, le professeur allemand Schultze, savant brillant mais animé par une idéologie nationaliste, autoritaire et inquiétante. Jules Verne pose immédiatement une opposition morale et philosophique entre ces deux hommes. L'héritage devient le point de départ d'une expérience grandeur nature sur l'avenir de la civilisation. Chaque héritier décide d'utiliser sa part pour bâtir une cité nouvelle. Le roman s'inscrit dans une réflexion utopique et dystopique sur la science. La richesse devient un levier de transformation du monde. Le progrès technique révèle des intentions profondément différentes. Le destin de millions d'êtres humains semble suspendu à ces choix. La science apparaît comme un outil neutre, dépendant de celui qui la manie.

Le docteur Sarrasin fonde en Amérique une cité idéale baptisée France-Ville, conçue selon des principes d'hygiène, de rationalité et de bien-être collectif. La ville est pensée pour améliorer la santé, l'éducation et la qualité de vie de ses habitants. Jules Verne décrit avec précision l'urbanisme moderne, l'aération des rues, l'organisation des services publics et la place accordée à la science. France-Ville incarne une utopie progressiste fondée sur la solidarité et la raison. Les logements sont salubres, la pollution maîtrisée, les inégalités réduites. La science y est mise au service de l'homme, non de la domination. Les habitants vivent dans un équilibre entre innovation et humanisme. Sarrasin croit au progrès pacifique et universel. La ville devient un symbole d'espoir pour l'humanité. Jules Verne y projette ses idéaux scientifiques et sociaux. L'utopie semble réalisable, mais reste fragile. Elle repose sur une vision morale exigeante.

À l'opposé, le professeur Schultze fonde Stahlstadt, la «ville de l'acier», entièrement dédiée à l'industrie de guerre. Cette cité fortifiée est construite dans le plus grand secret et fonctionne comme une machine géante. Tout y est discipliné, contrôlé et orienté vers la production d'armes. Jules Verne dresse le portrait d'une société autoritaire, froide et déshumanisée. Les habitants ne sont que des rouages au service d'un projet de destruction massive. Schultze rêve d'imposer sa domination au monde par la supériorité technologique. La science devient une arme idéologique et militaire. La ville symbolise une dystopie industrielle et totalitaire. La rationalité y est poussée jusqu'à l'inhumanité. L'individu n'existe plus face à la machine collective. Verne anticipe les dérives du militarisme et du nationalisme extrême. Stahlstadt incarne la face sombre du progrès scientifique. Le contraste avec France-Ville est radical.

Face à la menace que représente Stahlstadt, le docteur Sarrasin et ses collaborateurs prennent conscience du danger imminent. La coexistence pacifique entre les deux cités semble impossible. Jules Verne introduit alors une tension politique et stratégique croissante. La crainte d'une attaque destructrice plane sur France-Ville. La science, qui devait unir l'humanité, devient source de conflit. Les idéaux humanistes sont confrontés à la brutalité technologique. Le roman bascule progressivement vers le suspense et l'espionnage. Un jeune ingénieur français, Marcel Bruckmann, est chargé d'infiltrer Stahlstadt. Sa mission est périlleuse et cruciale pour l'avenir du monde. Verne mêle aventure et réflexion morale. Le progrès n'est plus abstrait, il devient une question de survie. La peur de l'anéantissement renforce l'urgence du récit. La science révèle son potentiel destructeur. Le lecteur est placé face à un choix de civilisation.

Marcel Bruckmann parvient à pénétrer au coeur de Stahlstadt, découvrant l'ampleur terrifiante des projets de Schultze. Il observe les usines gigantesques, les canons colossaux et les armes expérimentales capables de raser des villes entières. Jules Verne décrit avec précision les avancées technologiques, tout en soulignant leur finalité mortifère. L'ingénieur comprend que Schultze prépare une attaque d'une ampleur inédite. Le danger n'est plus théorique, il est imminent. Marcel incarne la jeunesse éclairée, capable d'agir avec courage et lucidité. Sa mission devient un acte de résistance face à la barbarie scientifique. Le roman prend des allures de thriller technologique. Verne dénonce l'ivresse du pouvoir liée à la maîtrise des machines. La science, sans éthique, mène à la destruction. L'infiltration révèle aussi la solitude paranoïaque de Schultze. Le savant apparaît comme prisonnier de sa propre folie. La tension atteint son paroxysme.

La confrontation finale met en échec les projets destructeurs de Schultze. Grâce à l'ingéniosité et au sang-froid de Marcel, le savant est victime de sa propre arme. Jules Verne montre ainsi que la violence se retourne contre ceux qui la cultivent. La chute de Schultze symbolise l'échec d'une science dévoyée par l'idéologie. Stahlstadt, malgré sa puissance, ne peut triompher durablement. France-Ville échappe à l'anéantissement, mais la menace a révélé la fragilité de l'utopie. Le roman ne se conclut pas sur une victoire totale, mais sur un avertissement. Le progrès doit être guidé par la morale et la responsabilité. La science n'est ni bonne ni mauvaise en soi. Elle dépend des intentions humaines. Verne insiste sur la nécessité d'un contrôle éthique du savoir. La paix reste précaire et exige vigilance. Le futur demeure incertain. L'humanité est placée face à ses choix.

En conclusion, Les Cinq Cents Millions de la Bégum est un roman visionnaire qui oppose deux modèles de civilisation. Jules Verne y explore les promesses et les dangers du progrès scientifique. L'oeuvre mêle utopie, dystopie, aventure et réflexion politique. France-Ville et Stahlstadt incarnent deux usages opposés de la science. Le roman anticipe les conflits idéologiques et technologiques du XXe siècle. Il met en garde contre la militarisation du savoir et le fanatisme scientifique. Verne affirme la nécessité d'un progrès humaniste. La richesse devient un révélateur moral plutôt qu'une fin en soi. L'oeuvre interroge la responsabilité des savants et des ingénieurs. Elle souligne le rôle de l'éthique dans le développement technologique. Ce roman reste d'une étonnante modernité. Il fait de la science un enjeu central du destin humain.



Dernière mise à jour : Dimanche, le 18 janvier 2026