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Fiche
Nom : Maître Zacharius ou l'Horloger qui avait perdu son âme
Auteur : Jules Verne
Date de publication : 1854 (publié en volume 1874)

Maître Zacharius ou l'Horloger qui avait perdu son âme

Conte fantastique sur un horloger obsédé par le temps et sa création, publié dans Le Docteur Ox.

Résumé de l'histoire

Maître Zacharius raconte l'histoire de Zacharius, un horloger de génie installé dans la ville de Genève, dont la renommée dépasse largement les frontières. Il est célébré pour la précision et la beauté de ses horloges, capables de rivaliser avec le temps lui-même. Obsédé par ses créations, Zacharius consacre toute sa vie à perfectionner ses mécanismes, persuadé que la maîtrise du temps est à sa portée. Son commerce prospère, mais il devient progressivement froid et arrogant, ne voyant dans les êtres humains que des instruments comparables à ses horloges. Cette obsession lui fait perdre peu à peu le contact avec la réalité et avec ses émotions. Il voit dans chaque tic-tac une extension de son propre génie. Jules Verne installe ainsi un cadre réaliste et précis, mais déjà chargé d'une inquiétante aura fantastique. L'horloger est à la fois admiré et redouté par ses concitoyens.

Zacharius devient progressivement conscient de sa fragilité humaine et de l'inexorabilité du temps, ce qui l'obsède encore davantage. Chaque horloge qu'il crée lui rappelle la fuite inexorable des heures et de sa propre vie. Son génie mécanique ne peut enrayer la mort qui approche. Cette peur de la fin le pousse à chercher une sorte d'immortalité à travers ses créations, comme si l'horloger pouvait se prolonger dans le mécanisme parfait. L'ambiance du récit se teinte alors de fantastique et de mélancolie : les horloges semblent presque vivantes, et leur tic-tac constant devient une voix qui accuse le temps. L'obsession de Zacharius pour l'ordre et la perfection devient dévorante, au point qu'il en néglige tout lien humain. Jules Verne explore ici la tension entre science, art et nature humaine. Le lecteur ressent l'angoisse du personnage, oscillant entre admiration et inquiétude.

Un soir, Zacharius fait la rencontre d'un jeune voyageur, Gérande, et de sa fiancée, Héloïse. Leur fraîcheur et leur simplicité contrastent violemment avec l'orgueil et la mélancolie de l'horloger. Gérande tente de raisonner Zacharius, lui rappelant que le temps est inéluctable et que l'obsession de le maîtriser est vaine. Mais l'horloger, convaincu de sa supériorité intellectuelle, refuse de l'écouter. Ses horloges deviennent le symbole de son orgueil et de sa tentative de contrôler l'incontrôlable. Jules Verne introduit ici un élément moral et philosophique : le génie peut conduire à l'isolement et à la perte d'âme lorsqu'il est détaché de l'humanité. Cette rencontre avec Gérande et Héloïse déclenche cependant des événements mystérieux qui font basculer le récit dans le fantastique. Le lecteur sent poindre une menace inexpliquée.

Peu après, des phénomènes étranges apparaissent dans l'atelier de Zacharius. Les horloges se mettent à fonctionner de manière autonome, certaines s'arrêtent sans raison, d'autres semblent respirer et répondre à la volonté invisible de l'horloger. Zacharius est à la fois fasciné et terrifié : ses créations reflètent son obsession mais lui échappent en partie. Cette atmosphère fantastique traduit le conflit intérieur de l'horloger : son désir de contrôle se heurte à la force implacable de la vie et de la mort. Le récit prend alors une dimension morale et surnaturelle, illustrant la vanité de l'orgueil humain face à l'ordre universel. Les habitants de Genève, témoins de ces anomalies, commencent à murmurer et à craindre un destin surnaturel pour l'horloger. Jules Verne installe un suspense subtil, mêlant horreur et beauté mécanique.

Dans un ultime acte de défi contre le temps, Zacharius se rend compte qu'il a perdu son âme, symboliquement ou littéralement, à force de vouloir dominer l'inéluctable. Son obsession pour les horloges l'a conduit à négliger ses émotions et ses liens humains, le transformant en être mécanique lui-même. Le fantastique atteint son apogée lorsque l'horloger est confronté à la personnification du temps ou à un phénomène surnaturel qui le force à reconnaître sa mortalité. Le génie et l'orgueil de Zacharius sont impuissants face à la fatalité, et chaque horloge devient un miroir de sa vanité et de son désespoir. Jules Verne utilise ici le conte fantastique pour méditer sur les limites humaines et le prix de l'obsession scientifique. Le récit souligne que la maîtrise totale du monde est illusoire.

Les événements culminent lorsque Zacharius tente de réparer une dernière horloge, espérant prolonger sa vie ou son influence sur le temps. Mais l'horloge refuse de fonctionner comme prévu, symbolisant la rébellion du destin. Son corps et son esprit s'affaiblissent, et il est confronté à la certitude de la mort. Gérande et Héloïse assistent à sa chute, représentative de la perte de l'âme face à l'orgueil et au désir de maîtrise absolue. Le roman souligne le contraste entre la vitalité humaine et la froideur mécanique. Le fantastique ne se limite pas à des phénomènes mystérieux, mais sert de miroir à la psychologie de Zacharius. Jules Verne transforme l'horloger en figure tragique, admirable et terrifiante. Le suspense atteint son paroxysme, mêlant horreur morale et beauté poétique.

La conclusion de Maître Zacharius est sombre et philosophique : l'horloger meurt, dépouillé de son orgueil et de son illusion de contrôle sur le temps. Ses horloges, désormais silencieuses, deviennent le symbole de la vanité humaine face à l'inexorabilité du destin. Le conte se termine sur une méditation sur la vie, la mort et la fragilité de l'âme humaine. Jules Verne démontre que la quête du génie, lorsqu'elle se détache de l'humanité et de l'amour, mène à la ruine morale et existentielle. Le récit mêle ainsi fantastique, réflexion philosophique et description minutieuse des mécanismes horlogers, offrant une oeuvre à la fois captivante et inquiétante. Maître Zacharius rappelle que le temps ne peut être possédé, et que la véritable richesse réside dans la vie vécue pleinement.



Dernière mise à jour : Dimanche, le 18 janvier 2026