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L'implication des petits

Auteur :
Sylvain Maltais

Date de publication :
16 mai 2001

Dans une civilisation où l'atome est vaste comme notre soleil, où les neutrons s'étendent tels des planètes silencieuses, et où les habitants sont si minuscules que même le microscope le plus puissant de notre monde ne saurait les révéler, une zizanie se préparait. Une agitation à peine perceptible, une fracture microscopique dans l'ordre des choses, mais dont les conséquences allaient dépasser l'imagination de toute conscience humaine.

Ne vous méprenez pas sur ce mot : zizanie. Il n'a ici rien de banal, rien d'anodin. Sous ses syllabes légères se dissimule un danger immense, car cette discorde, aussi infime qu'elle paraisse, risquait d'impliquer notre propre monde - sans que jamais nous ne puissions en apporter la moindre preuve. Et si, par malheur, vous parveniez un jour à démontrer la véracité de cette histoire, prenez garde : on vous traitera de fou. Je le sais, car tel fut mon sort.

Tout commença lorsqu'une guerre éclata entre les galaxies Au et Fe. Deux mondes colossaux, enfermés dans les limites d'un atome, s'affrontèrent pour des raisons si dérisoires que l'Histoire elle-même les effaça. Les chroniqueurs parlèrent de racisme cosmique, de soif de conquête, de peur du changement, de besoin absurde de domination. Ils bâtirent des théories grandioses pour expliquer l'effroyable conflit, mais jamais - au grand jamais - l'univers entier ne connut la véritable raison des divergences entre les empereurs.

Chaque chef de galaxie, refusant de céder, craignant de paraître faible aux yeux de son peuple, choisit la guerre éternelle. Ils combattirent sans relâche, année après année, alimentant une machine de destruction devenue autonome. Les empereurs restaient à l'arrière, dissimulés derrière des palais de matière dense, tandis que leurs soldats, nourris de promesses creuses, se ruaient vers la mort.

On leur disait que la cause était juste. On leur promettait des récompenses fabuleuses, des avantages inimaginables, une reconnaissance éternelle. Rien ne semblait pouvoir arrêter cette folie meurtrière, ce désir maladif d'anéantir l'autre jusqu'à la dernière particule.

Mais vint un temps où même la rage s'épuisa.

Les ressources s'amenuisèrent. Les armes traditionnelles - vaisseaux, croiseurs, bombes, explosifs - furent toutes consommées. Des systèmes solaires entiers furent dépeuplés. Les planètes et leurs lunes furent vidées de leur substance, broyées, recyclées, réutilisées jusqu'à l'os de la matière. Malgré un recyclage total, il ne restait plus que quelques semaines, peut-être quelques mois, avant la capitulation inévitable.

C'est alors que refit surface un savoir ancien, enfoui dans les strates du passé.

Il y avait longtemps, très longtemps, le savant Kranf Mecto, le plus grand génie de sa génération, avait conçu une arme si terrifiante qu'elle pouvait anéantir une galaxie entière à l'échelle atomique. Une invention si destructrice qu'elle avait été dissimulée, puis oubliée après sa mort. Depuis des décennies, les deux empereurs cherchaient cette formule secrète, persuadés qu'elle seule pourrait leur offrir la victoire finale.

Ils possédaient chacun la formule. Pourtant, naïfs et aveuglés par leur orgueil, ils refusaient de croire que l'autre en était également détenteur. Espions, contre-espions, manipulations... tout échoua à révéler cette vérité simple : ils étaient égaux dans leur capacité à se détruire.

Le chef de Fe, voyant sa galaxie réduite en esclavage, osa proposer une trêve à son ennemi juré de Au. Mais cette main tendue fut interprétée comme une faiblesse, une invitation à imposer des conditions irréalisables. La guerre reprit alors avec une violence encore plus insensée, jusqu'à ce qu'un seul choix demeure possible.

L'arme absolue.

La bombe à trou noir.

L'héritage maudit de Mecto.

Lorsque l'arme fut déclenchée, les deux galaxies - et bien plus encore - furent littéralement vaporisées. La matière se replia sur elle-même, le temps se déchira, l'espace hurla. Et à cet instant précis, dans notre monde, le pilote d'un Boeing 747 reçut un signal d'alarme.

Une défectuosité électronique au niveau des moteurs.

Malgré les instruments modernes, malgré les systèmes auxiliaires, la panne ne put être corrigée. Quelques minutes plus tard, l'appareil s'écrasait, emportant avec lui trois cents vies humaines dans un fracas de métal et de feu.

Ainsi, cher lecteur, sache-le :

cet avion ne s'est pas écrasé à cause d'une tempête, ni d'une erreur humaine, ni d'un défaut de conception.

Il s'est écrasé à cause d'un minuscule fil électrique...

contenant autrefois les galaxies Au et Fe.



Dernière mise à jour : Lundi, le 7 juillet 2025