La planète mise en quarantaine
Auteur :
Sylvain Maltais
Sylvain Maltais
Date de publication :
Le 6 juin 2023
Le 6 juin 2023
Les étoiles s'étendaient comme un océan silencieux, et dans ce vaste firmament flottait un petit vaisseau perdu, fragile et solitaire, naviguant dans les bras froids de la Voie lactée. À son bord, l'équipage extraterrestre se préparait à un atterrissage, pensant trouver refuge sur une planète étrange, verte et bleue, que les cartes cosmiques indiquaient comme «Terre». Mais l'un d'eux, l'âme tremblante et les yeux embués d'une tristesse infinie, prit la parole, sa voix vibrante d'une émotion que nul langage humain ne pourrait contenir.
«Vous... vous ne comprenez pas,» murmura-t-il, les larmes roulant sur ses joues translucides. «Cette planète... cette planète est un abîme de cruauté. Depuis que j'ai appris son histoire, depuis que j'ai observé ses habitants... mon coeur est brisé mille fois. Ne jamais. jamais poser le pied ici. Jamais.»
Il se remémora les siècles passés sur Terre, chaque horreur gravée dans ses souvenirs comme des éclats de verre. Ses mains tremblaient lorsqu'il parla des pyramides d'Égypte, ces colosses de pierre érigés par des esclaves brisés, condamnés à plier sous le soleil, à suer leur vie dans la poussière et le sang, pour la vanité d'un pharaon. Il s'arrêta un instant, respirant à peine, et ses sanglots silencieux remplirent la cabine.
Puis il parla de la croix. «Ils ont crucifié... crucifié un homme, un homme qui n'a dit que ces mots simples, sublimes : 'Aimez vos ennemis !'... et ils l'ont cloué, l'ont laissé mourir dans la souffrance la plus ignoble.» Sa voix se brisait, et ses yeux brillaient d'un éclat presque douloureux.
Il évoqua ensuite les forêts d'Afrique, où certaines tribus, dévorées par des instincts anciens et barbares, avaient mangé leurs semblables. Les temples incas, où les enfants étaient offerts comme sacrifices, brûlés dans des flammes que le ciel semblait ignorer. Les plaines américaines, souillées par le génocide des peuples autochtones, où des couvertures portaient la mort et le poison, distribuant la maladie comme un cadeau empoisonné.
« Et l'argent... l'argent qui contrôle tout... les dettes, les intérêts, les fortunes accumulées sur la misère des autres... » dit-il en serrant ses mains contre sa poitrine, comme pour contenir un souffle qui voulait exploser en cris. «Et puis les guerres... toutes les guerres, mondiales, impitoyables, les régimes qui ont torturé et assassiné, les nazis et leurs horreurs. comment une planète peut-elle porter de telles abominations et encore respirer ?»
Ses compagnons restaient silencieux, émus et horrifiés par la sincérité pure et presque déchirante de sa détresse. Il n'y avait ni exagération ni mensonge dans ses mots, seulement la vérité brute et atroce de l'histoire humaine, et cette vérité suffisait à glacer leurs âmes.
Et pourtant, malgré la peur, malgré les larmes et les sanglots qui secouaient son être, il réussit. L'équipage comprit, au fond de lui-même, qu'il valait mieux ne jamais se poser sur Terre, ne jamais mettre le pied dans ce tourbillon de violence et de folie. Un accord silencieux se fit, un pacte de prudence gravé dans le métal et le coeur des voyageurs.
Mais le destin, cruel et ironique, ne se soucie guère des décisions prises par des coeurs fragiles. La navette, fuyant à peine de ce monde maudit, se détacha de sa trajectoire et s'écrasa dans un fracas assourdissant, au milieu des plaines arides de Roswell, Nouveau-Mexique. Le métal se plia, le ciel rugit, et l'air se remplit de poussière et de feu.
L'extraterrestre se releva, les yeux emplis d'angoisse, la respiration saccadée, et ses larmes scintillantes reflétant les étoiles. «Maintenant... maintenant, Dieu...» murmura-t-il, la voix tremblante de peur et de désespoir, «qu'est-ce qui risque de nous arriver ?»
Et dans ce silence effrayant, où même l'univers semblait retenir son souffle, il sut que la Terre, cette planète de beauté et de barbarie, les avait accueillis à sa manière, et que nul coeur, aussi fragile et ému soit-il, ne pourrait jamais comprendre l'étendue de ses contradictions.