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Le chromosome Marsien

Auteur :
Sylvain Maltais

Date de publication :
30 juillet 2000

Chapitre I - Le commencement

Ceci n'est pas un conte, ni une fable destinée à endormir les consciences.

Ceci n'est pas une hypothèse jetée à la légère dans l'abîme des théories oubliées.

Cette histoire de science-fiction n'est rien de moins que le véritable manuel d'histoire d'une réalité alternative de la civilisation humaine, tel qu'il aurait dû être transmis, préservé, respecté. Il est le témoignage originel d'un héritage ancien, dissimulé au coeur même de la chair humaine : le chromosome marsien, trace silencieuse d'une origine que l'on a préféré effacer plutôt que comprendre.

Depuis l'aube des temps écrits, l'histoire officielle enseignée aux enfants, gravée dans les manuels scolaires, récitée par les maîtres et sanctifiée par les institutions, n'a été qu'une version altérée de la réalité. Une histoire façonnée, retaillée, falsifiée avec méthode par ceux qui détenaient le pouvoir. Non pas par ignorance, mais par calcul. Non pas par erreur, mais par nécessité politique. Les dirigeants des peuples ont appris très tôt qu'un récit maîtrisé permettait de gouverner les esprits plus sûrement que la force brute, et que la vérité, lorsqu'elle est trop vaste ou trop dérangeante, devient un danger pour l'ordre établi.

Ainsi, au fil des siècles, les faits furent maquillés, les origines réécrites, les découvertes étouffées. Les peuples furent conduits à croire qu'ils étaient nés seuls dans un univers indifférent, issus d'un hasard aveugle, dépourvus de toute ascendance cosmique. Cette illusion soigneusement entretenue permit aux puissants de manipuler les masses à leur gré, d'exciter la peur, de nourrir la haine, de justifier l'injustifiable. On déclara des guerres sans véritables raisons, sinon celles des intérêts personnels, économiques ou idéologiques de quelques-uns, dissimulées derrière des discours de paix, de sécurité ou de progrès.

Personne, ou presque, n'a jamais voulu croire ceux qui tentaient de transmettre ces chroniques interdites. Ceux qui osaient parler furent ridiculisés, réduits au silence, effacés des archives ou relégués aux marges de la science et de la raison. Car qui accepterait volontiers d'entendre que son histoire est un mensonge, que son identité même repose sur une vérité cosmique volontairement étouffée ? Lire cette histoire de science-fiction d'une réalité alternative, c'est accepter de voir vaciller tout ce que l'on croyait immuable.

Pourtant, la vérité n'a jamais été totalement cachée. Elle vous a été révélée depuis toujours, fragment par fragment, symbole après symbole, à travers les mythes anciens, les textes sacrés, les légendes venues des étoiles, les rêves récurrents de civilisations disparues. Elle murmurait dans les découvertes scientifiques inexpliquées, dans les anomalies génétiques, dans ce chromosome silencieux que la science moderne observe sans encore oser l'interroger pleinement.

Et malgré cela, vous ne l'avez pas crue.

Vous avez préféré rejeter ces révélations comme des fantaisies, des délires, des hérésies modernes. En revanche, les mensonges patiemment distillés à vos oreilles, répétés mille fois par des voix autoritaires, vous les avez acceptés sans résistance. Vous y avez cru dur comme fer. Pire encore : vous en avez redemandé. Vous avez exigé qu'on vous rassure, qu'on vous simplifie le monde, qu'on vous fournisse des ennemis commodes et des vérités prêtes à l'emploi.

Il n'a pas pour but de plaire, ni de rassurer.

Car l'histoire de l'humanité, celle du chromosome marsien, n'a jamais cessé d'exister. Elle attend simplement que certains aient le courage de l'affronter, et d'accepter que la plus grande manipulation de toutes ne fut pas politique, ni militaire, mais génétique et mémorielle - inscrite jusque dans l'intimité de votre propre ADN.

Chapitre II - De Vénus à la Terre

Il y a si longtemps que même la mémoire des étoiles hésite à en fixer la date, à une époque où le Soleil était plus jeune et plus froid, la demeure originelle de l'humanité ne se trouvait pas sur la Terre, mais sur Vénus. Deuxième planète du système solaire en partant de l'astre central, alors compté parmi douze mondes habités, Vénus portait avec une justesse presque sacrée son titre de Déesse de l'amour et de la fertilité. Nulle autre planète, parmi les systèmes voisins de la galaxie, ne connaissait une abondance comparable à la sienne.

La surface vénusienne était un équilibre parfait entre la terre ferme et l'eau, si harmonieusement réparties qu'aucun désert ne venait rompre la continuité du vivant. Les pôles n'étaient pas prisonniers de la glace, mais baignés d'une douceur constante. Les animaux y atteignaient des tailles colossales, presque comparables aux dinosaures que la Terre verrait bien plus tard, et pourtant sans la brutalité qui accompagne souvent la démesure. Les volcans étaient rares, les tremblements de terre relevaient davantage du mythe que de la réalité, et même les créatures que l'on aurait qualifiées de carnivores ne l'étaient qu'en théorie. La végétation, si dense, si généreuse, offrait fruits et sucs en quantité telle que la chasse devenait inutile.

Dans ce monde d'opulence, l'esclavage des bêtes n'avait aucun sens. Pourquoi dominer ce qui se donnait déjà sans retenue ? Jamais, dans toute la mémoire ultérieure des hommes, une abondance semblable ne fut retrouvée. Vénus était un jardin cosmique, un équilibre fragile que nul ne pensait pouvoir briser.

Pourtant, ce monde aujourd'hui n'est plus qu'un enfer d'acide et de feu. Sa chute ne fut pas l'oeuvre du hasard, mais celle d'un peuple humanoïde rongé par la rage et ivre de sa propre technologie. La guerre devint une obsession, la domination une fin en soi, et les machines de destruction se multiplièrent jusqu'à défigurer la planète. Les océans s'empoisonnèrent, l'air se chargea de substances mortelles, et la douce Vénus devint progressivement inhabitable. Ce qui avait été un cadeau du ciel fut gaspillé dans les querelles, la surproduction et l'anéantissement de l'habitat.

Lorsque la planète ne put plus soutenir la vie, l'exode devint inévitable. Pourtant, la nature - ou ce que certains nomment encore le destin - sembla offrir une seconde chance. Une planète voisine, plus froide certes, mais stable et prometteuse, orbitait à une distance acceptable : la troisième planète du système solaire, la Terre. Grâce à une science que l'esprit moderne peinerait encore à concevoir, le choix fut arrêté, et la migration jugée possible.

D'immenses vaisseaux furent alors construits, assez vastes pour transporter des milliers de colons à travers l'espace. Ces arches stellaires incarnaient le sommet de la connaissance vénusienne : des boucliers invisibles repoussaient la matière comme une torpille fend l'eau ; des moteurs inspirés du coeur même du Soleil propulsaient les engins ; des cerveaux mécaniques, dotés d'une logique parfaite, guidaient chaque manoeuvre et renfermaient un savoir presque infini.

Mais le nombre devint la perte de cette civilisation. Trop nombreux furent ceux qui voulurent partir, et ceux qui restèrent, exclus du salut, plongèrent Vénus dans une guerre civile dévastatrice. Certains furent condamnés à demeurer sur la planète mourante, livrés à une agonie lente sous un ciel déjà corrompu.

Une centaine de peuples tentèrent la traversée vers la Terre. Seuls huit y parvinrent réellement. Le plus puissant d'entre eux fut celui des Atlantes, qui s'empara d'une vaste île au coeur de l'océan Atlantique. Leur principal rival, l'Empire de Mû, s'établit sur un continent du sud de l'océan Pacifique. D'autres peuples s'implantèrent en Chine, en Grèce, en Égypte - cousins des Atlantes - en Gaule, en Amérique du Sud et dans les Indes.

Dès leur arrivée, ces colons refusèrent de renoncer à leurs traditions. Ils élevèrent des pyramides monumentales, véritables ponts entre les mondes, dont les plus grandes se dressaient en Chine et en Atlantide. Ces structures n'étaient pas de simples tombeaux, mais des instruments destinés à atteindre d'autres dimensions sans déplacement physique, vestiges d'une science spirituelle oubliée.

Pendant ce temps, Vénus sombra définitivement. La pollution issue des guerres et des usines d'armement transforma son atmosphère en poison. L'air devint irrespirable, la température atteignit les 400 degrés, et les derniers survivants furent consumés. Même les colons terrestres finirent par oublier leur monde d'origine, comme on enterre un souvenir trop douloureux.

Durant plusieurs siècles, les huit nations remodelèrent la Terre à leur image. Pour asseoir leur domination, elles exterminèrent les espèces humaines indigènes les plus intelligentes : les Cro-Magnons, les Australopithèques, les Néandertaliens, et l'Homo erectus. Mais bientôt, leur propre croissance devint un fardeau. Les anciennes rivalités de Vénus refirent surface, et les guerres reprirent là où elles s'étaient arrêtées.

Lorsque le sud de l'Asie fut ravagé par des armes nucléaires, soeurs jumelles du feu solaire, la civilisation s'effondra. Les survivants se dispersèrent, la connaissance se perdit, et l'humanité retourna vivre dans les rares lieux encore habitables : les déserts. Ceux qui refusèrent d'abandonner leurs terres irradiées périrent, victimes de maladies inconnues et de mutations incontrôlables.

Certains Atlantes, plus rusés que les autres, survécurent en dissimulant leur identité. Ils se regroupèrent sur une île et transformèrent leur nom : Atlantes devint Malte, ou Maltecs. En Égypte, une secte ayant prévu la fin de sa civilisation se réfugia dans les pyramides. Mais ces survivants devinrent à leur tour tyranniques, instaurant l'esclavage parmi leur propre peuple. Les révoltes finirent par les dépouiller de leurs connaissances, et ils retombèrent au niveau des autres survivants, oubliant à leur tour la grandeur passée.

Ainsi s'acheva l'exode de Vénus, et commença l'amnésie de l'humanité.

Chapitre III - Les Amazones

Durant cette ère de troubles et de fractures, lorsque les nations issues de l'exode vénusien se déchiraient encore sous le poids de leurs anciennes haines, une autre révolte, plus intime et plus radicale, prit naissance au coeur même des sociétés humaines. Les femmes, longtemps reléguées à l'ombre des décisions, observèrent avec lucidité l'injustice répétée, la violence banalisée et l'orgueil destructeur de leurs époux. Elles virent les guerres recommencer, les promesses trahies, les savoirs sacrifiés à la domination. Et elles refusèrent désormais de se taire.

Ce ne fut pas une insurrection soudaine, mais une lente germination, semblable à une racine qui fissure la pierre. De village en cité, de temple en forteresse, les femmes se reconnurent dans une souffrance commune et dans une colère partagée. Elles proclamèrent que l'ordre ancien avait échoué, que le monde façonné par les hommes avait mené à la ruine de deux planètes, et qu'il fallait rompre le cycle avant qu'il n'engloutisse définitivement la Terre. Ainsi naquirent les tribus des Amazones et des Lesbestos, sociétés nouvelles où l'autorité masculine fut renversée sans appel.

Dans ces communautés, les rôles furent inversés avec une rigueur implacable. Les hommes, autrefois maîtres, devinrent serviteurs, puis esclaves. On leur imposa les chaînes qu'ils avaient forgées eux-mêmes, et l'on justifia cette domination comme une nécessité historique, une réparation du passé. Au début, ces sociétés se voulurent justes, disciplinées, presque purificatrices. Elles prétendaient instaurer un monde affranchi de la brutalité masculine, fondé sur la raison, la solidarité et la mémoire des erreurs anciennes.

Mais le pouvoir, quelle que soit la main qui le tient, déforme lentement l'âme. À mesure que les générations passèrent, les Amazones se durcirent. Leur justice devint vengeance, leur vigilance se transforma en cruauté. Elles élevèrent leurs filles dans le culte de la force et de la méfiance, et leurs lois se firent plus sévères encore que celles qu'elles avaient renversées. Les hommes ne furent plus seulement dominés, mais humiliés, brisés, privés de toute dignité, réduits à des instruments de labeur ou de reproduction.

Ainsi, celles qui s'étaient levées contre l'injustice finirent par engendrer leur propre tyrannie. Leur chute ne vint pas de l'extérieur, mais de leur propre excès. Aveuglées par leur certitude morale, elles crurent pouvoir affronter ce que le monde comptait de plus redoutable : un homme à la force légendaire, forgé par les dieux et les épreuves, porteur d'un destin que nul complot n'avait réussi à briser.

Cet homme avait accompli douze travaux impossibles, affronté des monstres, défié la mort elle-même. À maintes reprises, il avait frôlé la folie, victime de conspirations savamment orchestrées, de trahisons déguisées en loyauté. Son esprit avait été éprouvé autant que son corps, et pourtant il se tenait encore debout, incarnation vivante de la résilience humaine. Les Amazones virent en lui un symbole à abattre, la dernière incarnation d'un ordre qu'elles haïssaient.

La confrontation fut titanesque. Elle ne se joua pas seulement sur le champ de bataille, mais dans l'équilibre même du monde. Pourtant, contrairement aux guerres précédentes, cette lutte ne mena pas à l'anéantissement global. L'homme triompha des Amazones, non en détruisant la Terre comme l'avaient fait tant d'autres avant lui, mais en mettant un terme à leur règne excessif. Leur pouvoir s'effondra sous le poids de ses propres contradictions, et leur légende se transforma en avertissement.

Les Amazones disparurent en tant que force dominante, laissant derrière elles des ruines, des récits fragmentés et une leçon amère : aucune civilisation, fût-elle née de la justice, n'est à l'abri de la corruption si elle absolutise sa vérité.

Toutes ces histoires, jugées trop dangereuses pour être transmises oralement, furent gravées dans la pierre à l'intérieur de temples sacrés. Les prêtres et les archivistes de l'ancien monde y consignèrent les récits des révoltes, des excès et des chutes, espérant que la pierre, plus fidèle que la mémoire humaine, préserverait la vérité. Ces inscriptions dormirent durant des dizaines de millénaires, enfouies sous le sable, la jungle et l'oubli.

Et lorsque, bien plus tard, l'humanité les redécouvrit, elle n'y vit que des mythes, des légendes embellies, ignorant qu'elles étaient en réalité les fragments fossilisés de sa véritable histoire - celle que le chromosome marsien continue de murmurer, silencieusement, dans chaque cellule.

Chapitre IV - L'Antithèse Américaine

Quand on évoque le peuple américain, l'imaginaire moderne le relie aussitôt aux États-Unis, à cette nation de vastes plaines, de gratte-ciel scintillants et de promesses infinies. On y songe comme à un pays où le rêve semble pousser sur chaque arbre, où les richesses abondent sans limite, et où la vie paraît accessible à tous ceux qui osent espérer. Là-bas, le mythe raconte que la fortune se cueille comme un fruit mûr, que le succès se conquiert par la seule volonté, et que la grandeur de la nation s'étend dans le temps comme un soleil invincible. Les habitants eux-mêmes proclament que leur pays est le plus riche, le plus puissant, le plus avancé de toutes les nations, hier, aujourd'hui, et peut-être même demain.

Tout ceci semble merveilleux, presque sorti d'un conte de fées, et pourtant, si l'on y regarde de plus près, ce tableau idyllique n'est qu'une façade soigneusement construite. Le rêve américain, tel qu'il est enseigné et chanté, renie parfois les vérités profondes de l'histoire. Il efface les racines anciennes, celles qui plongent dans la Terre avant l'arrivée des colons venus d'ailleurs, et les falsifie pour en faire un flambeau, un récit glorieux destiné à justifier la puissance et le triomphe d'un peuple. Dans les manuels, dans les livres imprimés, tout est soigneusement réécrit : les Américains sont bons, justes, et tous ceux qui s'opposent à eux sont présentés comme méchants, inférieurs ou dépourvus de droit. Ils se proclament les élus de Dieu, légitimés à dominer et à modeler le monde selon leur vision.

Permettez-moi pourtant de vous raconter ce que je nomme «L'Antithèse Américaine», cette réalité que l'on tente souvent d'effacer derrière le vernis du rêve.

Au commencement, la Terre appartenait aux peuples amérindiens. Les terres n'avaient pas de frontières tracées par la soif de pouvoir ; elles s'étendaient à perte de vue, intactes et libres. Les arbres, certains âgés de plusieurs millénaires, se comptaient par millions, formant des forêts denses, sacrées, qui abritaient une multitude d'animaux vivants en parfaite harmonie avec la nature. L'air était pur, chaque souffle chargé de la douceur des rivières et du parfum des herbes anciennes. La pollution n'existait pas, et la vie suivait son rythme naturel, sans contrainte ni destruction.

Puis vinrent les Anglais, arrivés comme des dieux venus d'un autre monde, à la fois fascinants et terrifiants. À l'image des dieux cruels de l'Olympe grec, leur puissance et leur arrogance se déployèrent sans limite. Nulle part dans l'histoire connue, depuis l'Antarctique des fourmis argentines qui avaient jadis conquis des terres et exterminé toutes les autres espèces, on n'avait observé une cruauté aussi méthodique envers des peuples autochtones. Ces hommes se comportaient comme des insectes collectifs, frappant avec régularité et impitoyabilité ceux qu'ils considéraient comme inférieurs dans l'art de la guerre. Chaque amérindien tué était proclamé triomphalement comme une avancée du progrès : «Nous amenons le progrès, nous sommes des dieux !» criaient-ils, convaincus de leur mission divine. Rien, absolument rien, ne semblait pouvoir les arrêter.

La violence se propagea à travers la Terre comme un feu incontrôlable. Les traités de paix furent signés puis violés avec constance, les alliances brisées au gré de la soif de conquête. Les peuples originels furent décimés, souvent à la limite de l'extinction. Et lorsque ces dieux humains eurent presque achevé leur génocide, ils retournèrent leur violence contre eux-mêmes. Entre eux, dans ces terres nouvellement conquises, éclatèrent des guerres intestines, un chaos que l'on appellerait plus tard «le Western» - une époque où le rêve américain n'était plus qu'un champ de bataille, et où la légende de la liberté et du courage se mêlait à la mort et à la trahison.

Ainsi, sous le vernis des villes brillantes et des gratte-ciel, sous le mythe du rêve accessible à tous, se cache une réalité bien différente : celle d'un monde façonné par la violence, la conquête et la manipulation historique. L'Amérique, telle que nous la voyons aujourd'hui, est une construction de gloire et de mensonges, un miroir déformé qui reflète à la fois la grandeur et les ombres d'un peuple dont la mémoire profonde est souvent occultée.

À la fin de l'empire britannique, alors que le monde encore fumant des deux grandes guerres se relevait péniblement, et que l'ombre d'un troisième conflit planait déjà sur le siècle numéroté vingt, naquit une invention sinistre, née des interstices de l'art et de la perversion humaine. Cette création funeste prit pour matière première l'innocence même : les adolescentes, à l'aube de leur passage vers l'âge adulte, furent transformées en ce que l'histoire détestera appeler plus tard «Les prostituées du rêve de la jeunesse».

L'idée émergea dans des cercles marginaux, parmi des esprits en quête d'une révolution esthétique, de nouvelles sensations à imposer au monde. Certains historiens, scrutant cette époque avec des yeux sévères, jugeraient que cette initiative ne fut pas l'expression d'une audace artistique, mais plutôt le fruit d'extrémistes assoiffés de renommée, déterminés à marquer l'histoire et l'aristocratie par le scandale et l'inhumanité. Ces femmes et ces hommes, architectes de la manipulation, cherchaient à déformer la perception même de la beauté, à inscrire la jeunesse dans un cycle de désir et d'exploitation, tout en prétendant renouveler l'art.

Pour ne pas heurter les sensibilités, pour masquer l'horreur derrière des paravents de respectabilité, l'invention reçut un nom plus doux, plus acceptable : « La Mode ». Ainsi, sous ce voile, les créations furent baptisées comme appartenant à la culture, à la sophistication, à l'élégance. Le mot « mode » devint une armure protectrice, un écran de fumée pour dissimuler la cruauté de la réalité. L'art, sous ce masque, se fit complice de la dégradation humaine.

Le concept même était simple, et pourtant d'une perversité glaçante : exploiter l'enfance jusqu'au bout, faire de la jeunesse un produit, une marchandise, un idéal façonné pour plaire aux désirs des adultes. Les adolescentes, encore vibrantes de l'innocence qui s'éteint doucement, furent transformées en images ambulantes de jeunesse figée, figée dans un état où elles n'étaient ni enfants ni femmes, mais quelque chose de manipulé, de conditionné, d'artificiel. Leur âme, fragile et malléable, était arrachée à sa spontanéité, leur esprit guidé par des mains froides, leur volonté érodée par la répétition de gestes, de postures et de sourires imposés. Elles étaient élevées comme des troupeaux, comme un bétail destiné à un marché invisible, et ce processus de zombification s'inscrivait dans une logique perverse, celle de diffuser une esthétique nuisible, typiquement humaine, à travers le monde entier.

Sous le vernis de l'art, de la créativité et de la nouveauté, ce mécanisme dégradant élevait ses inventeurs au rang d'artistes aux yeux des masses naïves. Mais le titre d'« artiste » est ici un mensonge : ce sont des architectes de la luxure et de la destruction, sculpteurs de l'âme humaine brisée. Les jeunes filles, souvent trop minces pour leur âge, étaient contraintes de craindre la nourriture, de se laisser modeler par une image impossible. L'anorexie et la peur du corps devinrent des compagnons constants de leur existence. Leur innocence fut volée, leur volonté subvertie, et leur jeunesse transformée en spectacle pour le plaisir et la vanité d'adultes insensibles.

Ainsi, à travers ce sombre rite de passage imposé par des mains avides de reconnaissance, le rêve de la jeunesse fut prostitué, réduit à un objet de convoitise et d'artifice. Les corps devinrent des images, les esprits des ombres, et les créateurs, sous couvert de culture, façonnèrent un monde où la beauté n'était plus qu'un masque de destruction, un mensonge gravé dans le marbre fragile de l'histoire humaine.

Le siècle vint et repassa, et pourtant, ces «oeuvres» continuèrent de hanter les mémoires, comme un avertissement : là où l'innocence est exploitée, là où la jeunesse est mise en vente pour le prestige ou le plaisir, la civilisation s'avilit et se condamne elle-même à l'oubli et à la honte.

Chapitre VI - Sous l'Empire Américain

En l'an 1998, au sommet d'un monde déjà marqué par la puissance et la domination, le prince des ténèbres de l'Empire américain, Billy le Kid, régnait depuis six années avec une autorité que nul n'avait connue depuis les fastes et les cruautés de l'Empire britannique. Son nom, murmuré dans chaque capitale, chaque ruelle, chaque frontière, était devenu synonyme de tyrannie et de contrôle absolu, mais également de peur et de fascination. Aucun empereur avant lui n'avait osé mêler un tel mélange de calcul froid, de vanité personnelle et de spectacle public pour asseoir son pouvoir.

À cette époque, pourtant, le trône ne s'élevait pas sans fragilité. L'empereur, moins astucieux que ses prédécesseurs, se laissa piéger par les manipulations subtiles de sa maîtresse, une femme dont le charme et l'intelligence égalait, sinon surpassait, la ruse des conseillers les plus loyaux. Lorsque les reporters - sentinelles du monde et chasseurs d'histoires - découvrirent cette intrigue intime, ils s'emparèrent de la nouvelle et la diffusèrent à grande échelle, ébranlant la confiance du peuple envers son dirigeant. Chaque voix, chaque mot, chaque journal devint une goutte d'huile sur un feu déjà prêt à embraser la réputation de l'Empereur.

Conscient que ce scandale pouvait éroder son empire et fragiliser son règne, l'empereur décida que l'oubli devait être imposé, universel, et à tout prix. Il convoqua ses conseillers les plus sages, ceux dont les cerveaux avaient survécu aux tempêtes du pouvoir et aux pièges du destin, et leur ordonna de concevoir une stratégie capable d'effacer cette tache dans l'histoire et dans la mémoire du monde. Les semaines qui suivirent furent douloureuses, marquées par l'angoisse et l'obsession, chaque idée rejetée comme trop faible, trop transparente, trop humaine.

Puis, enfin, l'étincelle surgit dans l'obscurité de leurs pensées. La solution - terrible, calculée, glaciale - émergea comme un spectre prêt à se matérialiser : provoquer une guerre. Non une simple guerre, mais une guerre qui détournerait l'attention, qui raviverait le sentiment d'unité autour de l'Empire, et qui, par la même occasion, accroîtrait sa force et sa domination. Une guerre comme spectacle, comme instrument de mémoire et d'oubli simultanés.

Le plan fut minutieusement conçu. Il s'agissait de frapper au coeur même de ceux que l'on voulait présenter comme les ennemis du monde civilisé : deux ambassades furent choisies pour l'opération, symboles d'une nation que l'empire jugeait « dangereuse », « fanatique » et « sous prétexte de religion », accusée de commettre les pires atrocités imaginables. La propagande se mit à l'oeuvre avant même que la première étincelle n'éclate, préparant les esprits à croire que l'acte viendrait de l'extérieur, et non de l'intérieur.

Lorsque le jour fatidique arriva, le monde entier fut témoin de l'explosion. La foudre de l'Empire s'abattit sur les pierres et les murs des ambassades, et instantanément, l'accusation plana : « Les musulmans ont détruit ces édifices. » La peur, la colère et l'indignation se répandirent comme un feu dans l'opinion publique. Et dans cette vague de certitude collective, on oublia presque immédiatement la maîtresse de l'empereur, l'intrigue intime qui avait déclenché tout ce mécanisme de manipulation. L'histoire, telle qu'on la racontait, ne conservait que ce que l'Empire avait décidé qu'elle devait conserver : un monde ordonné par la peur, où la mémoire des véritables causes était effacée, remplacée par une fiction soigneusement construite.

Ainsi, sous le règne de Billy le Kid, l'Empire américain s'affirma comme maître de l'illusion et de la guerre, capable de remodeler la perception du monde à sa guise, et de transformer un scandale intime en justification universelle pour la violence et la conquête. Dans ce théâtre de pouvoir et de manipulation, la vérité n'avait plus d'existence : seule comptait la version que l'Empereur choisissait de graver dans l'âme des peuples.

Chapitre VII - L'Avertissement de Dieu

En l'an diabolique mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf, au mois de Mars, sous le regard du dieu de la guerre qui prête son nom à ce mois de fer et de sang, l'Empire américain, régnant sous la bannière éclatante mais fragile de la Fédération de l'OTAN, prit la décision de déclencher une guerre contre un pays alors en pleine zizanie : la Yougoslavie.

Pendant des mois interminables, ce pays aux paysages de montagne et de rivières, riche de sa culture et de l'histoire de trois peuples vivant côte à côte, fut bombardé sans relâche. Les explosifs éclataient comme des étoiles folles dans le ciel, les flammes dévoraient les villes, les cris et les larmes se mêlaient à la poussière et à la fumée. Tout cela sous le prétexte fallacieux d'apporter la paix et d'enseigner le « savoir-vivre » aux habitants, comme si la violence pouvait produire la sagesse. Mais chaque détonation, chaque maison détruite, chaque vie arrachée à sa terre, révélait la vérité nue : la guerre n'était qu'un instrument de pouvoir, un théâtre de domination où les victimes n'étaient que des figurants involontaires.

Puis, le cinquième mois arriva, et avec lui, le quatrième jour. Dieu, fatigué de contempler l'absurdité de la violence humaine, et au bord d'une crise divine devant tant d'orgueil, de cruauté et d'aveuglement volontaire, décida d'intervenir. Il ne parla pas, il ne s'annonça pas : il fit ce qu'Il savait faire depuis la nuit des temps. Dans un souffle de justice cosmique, Il envoya soixante-seize tornades, les plus sauvages, les plus déchaînées jamais connues, déferler sur la terre même de l'Empire des ténèbres américains. Ces vents furieux arrachèrent tout sur leur passage, cassèrent les monuments de pouvoir, mirent les hommes à nu devant leur propre fragilité et leur propre vanité.

Dieu espérait, dans ce geste d'une fraction du temps qu'ils avaient eux-mêmes infligé à la Yougoslavie, que les humains reconnaîtraient la portée de leurs actes, qu'ils verraient le miroir de leur violence projeté sur eux-mêmes et se repentiraient. Il voulait leur offrir la chance de comprendre, de ressentir enfin la douleur qu'ils infligeaient aux autres, et peut-être, juste peut-être, de changer avant que leur orgueil ne les entraîne plus loin dans la destruction.

Mais l'Empire américain, persuadé d'être l'élu parmi les nations, de régner même au-dessus des lois du ciel et de la terre, ne vit pas dans ce chaos un avertissement, mais une épreuve à surmonter. Ils se crurent protégés, intouchables, invincibles. Leurs dirigeants, les yeux fixés sur leurs ambitions, refusèrent de reconnaître que la main invisible de Dieu pouvait être en jeu. Aveugles, ils ne crurent pas en ces forces invisibles, ni aux jugements de l'univers, ni à la sagesse de celui qui veille sur toutes choses.

Ainsi, l'avertissement du Créateur resta ignoré, perdu dans l'orgueil et la certitude d'une puissance humaine illimitée. Et le monde observa, impuissant, cette démesure, ce refus de se plier même devant les signes les plus évidents du ciel, comme si l'humanité devait d'abord toucher le fond avant de lever les yeux vers la lumière.

Car Dieu, dans sa patience infinie, sait attendre. Mais les hommes, dans leur arrogance, peuvent ne jamais entendre.

Chapitre VIII - La Révolte des Gens-du-Nord

Il advint, au même siècle déjà marqué par la violence et la folie humaine, qu'un vent de révolte, froid et impitoyable, s'empara tragiquement des Francs d'Amérique. Cette année, diabolique et lourde de présages, semblait inscrite par le destin lui-même sur les parchemins du chaos. Le peuple de cette province, pourtant comptée parmi les plus riches, vivait dans une agonie silencieuse, un malaise profond que l'argent ne pouvait apaiser. La richesse n'était plus que surface et illusion, un masque brillant cachant des coeurs en souffrance et des esprits fatigués.

La première explosion de cette colère se fit sentir chez les plus fortunés, les habitants des cours et des grandes demeures, ceux qui possédaient les machines les plus précieuses. Ces machines, merveille invisible, fonctionnaient grâce à une énergie mystérieuse extraite de l'eau, que l'homme seul ne pouvait consommer sans périr. Mais pour les engins, ces sources étaient indispensables : ils ne pouvaient ni se mouvoir ni produire sans ce flux vital. Les riches, liés à cette force invisible et indispensable, menacèrent alors leur roi, Lucien Ier, originaire de Boucher, en lui hurlant : « Nous ne récolterons plus l'or et l'argent lorsque les machines consommeront ! » Le roi, déterminé à montrer sa puissance et sa fermeté, refusa de plier sous ces menaces. Dans l'ombre de son château, loin des yeux de la foule, il parvint finalement à régler cette crise avec un équilibre subtil, mêlant honneur et calcul, pour que sa cour continue à croire en sa souveraineté.

Vint ensuite le tour des serviteurs du Baron, surnommé Bell à cause de la cloche qui marquait sa puissance et son autorité. Cet homme, capable de diriger les paroles des hommes comme on manipule des fils invisibles sur de longues distances, voulait davantage de pouvoir encore. Dans un geste de cruauté et de stratégie, il décida de sacrifier une partie de ses serviteurs en échange de coffres remplis d'or, instruments tangibles de sa domination. Les serviteurs protestèrent, hurlant leurs plaintes pendant une lune entière dans les cours du domaine, mais au terme de ce tumulte, ils repartirent avec un maigre dédommagement : un sac d'archide, symbole amer de leur dépossession et de leur soumission forcée.

Troisième étape de la révolte, et non la moindre : la jeunesse elle-même se leva. Les enfants, manipulés et inspirés par leurs maîtres d'apprentissage - enseignants redoutés pour leur absence de principes et leur morale façonnée par l'intérêt personnel - proclamèrent leur droit à exister autrement que comme machines humaines. Leurs voix, claires, fortes et parfois confuses, résonnaient dans le palais royal : « Nous avons des droits, nous ne sommes pas des machines comme les adultes ! Nous avons une âme, quoi qu'en disent les aînés ! » Mais le roi, vieux et oublié du temps où il fut jeune, n'eut aucune compassion. Il fit charger la cavalerie, obligeant les enfants à jeûner et à payer en triple pour le courage de leurs mots. Les adultes, satisfaits de ce rappel de l'ordre, se dirent en eux-mêmes : « Il avait besoin de cette leçon. Sinon, ils menaceraient notre confort et nos privilèges, même au-delà de notre mort, pour que leurs générations profitent de ce que nous possédons. » Les enfants repartirent, le coeur lourd et la tête basse, les pieds enchaînés, méditant amèrement : « Les adultes ne nous écouteront jamais. Sommes-nous destinés à mourir avant d'avoir vécu ? Le seul crime que nous avons commis est d'avoir rêvé d'un monde juste... »

Pourtant, la colère des Gens-du-Nord n'était pas encore assouvie. Cette fois, ce furent les porteurs de vivres, ceux qui transportaient la nourriture de la ferme à toute la population, qui refusèrent d'obéir. Exposés à l'épuisement, sous-payés et sous-estimés, ils décidèrent d'arrêter leur tâche, bloquant partiellement les ruelles, les chemins et les grandes routes. Le roi, rappelant son autorité et oubliant sa propre humanité, fit emprisonner les meneurs dans des donjons obscurs, tandis que les autres, terrorisés, reprirent leur travail, craignant le même sort. Dans sa luxure et son confort, le roi semblait avoir oublié que la pauvreté existait dans son royaume et que la souffrance du peuple pouvait un jour exploser en tempête - à l'image de l'Empire américain au sud, cruel et implacable.

Désormais, le peuple savait que le prix de la liberté serait élevé, peut-être même leur vie. Mais il n'était pas encore prêt à payer ce tribut, et les dirigeants en étaient conscients. Ils savouraient la certitude que le contrôle demeurerait intact, que la révolte resterait partielle et brisée, que l'ordre, imposé par la peur et la manipulation, continuerait à régner sur les corps et les âmes. Ainsi, le cycle de répression et d'espoir différé se perpétuait, annonçant que le véritable combat pour la justice et l'égalité ne faisait que commencer.

Chapitre IX - La Terre gronde de l'injustice commise sur elle

À cette époque, les dirigeants du monde vivaient dans une insouciance absolue, dans un confort qui semblait éternel et inviolable. Ils ne se privaient de rien, accumulant richesses, plaisirs et pouvoirs, tandis que le peuple, lui, peinait sous le joug de l'injustice et de la misère. Rien ne semblait pouvoir menacer leur confort ou leur vanité ; aucun progrès ne naissait de leurs mains, si ce n'est celui de perfectionner l'oppression et de rendre la tyrannie toujours plus subtile, plus invisible, mais plus efficace. Chaque jour, l'injustice s'accroissait comme une ombre silencieuse sur la planète, et pourtant, ces hommes de pouvoir restaient aveugles à tout ce qui dépassait les limites de leur ego.

Mais la Terre elle-même, sentant la souffrance et la cupidité qui la dévoraient, manifesta son désaccord avec une force que nul ne pouvait ignorer. Elle se mit à gronder, avec la puissance des océans et des vents, comme une ligne continue s'étendant des pays turcs aux rives baignées par la sagesse des philosophes grecs, en passant par les villes innombrables de la Chine et jusque dans l'ombre de l'Empire des ténèbres. La voix de la Terre était un avertissement, un grondement qui résonnait dans les coeurs, une plainte muette mais vibrante, rappelant aux hommes que leur comportement destructeur ne passerait pas inaperçu.

Cependant, l'Empire des ténèbres avait inventé un siècle auparavant une machine diabolique, conçue pour anesthésier l'esprit des foules. Cette invention, subtile et perverse, diffusait inlassablement des nouvelles banalisées, des informations répétitives qui transformaient les spectateurs en ombres de conscience. Les gens, hypnotisés par ce flot incessant, devenaient des zombies dociles, incapables de percevoir l'ampleur du désastre qui les entourait. La ruse de cette machine résidait dans son attrait : elle offrait divertissement et plaisir, et dès que les esprits étaient sous son emprise, presque personne n'était capable de s'en défaire, même en percevant l'injustice qui se déroulait sous leurs yeux.

La Terre, déçue et en colère, pleura pour ce manque de compréhension. Ses larmes dévastatrices inondèrent la Floride, État le plus au sud de l'Empire des ténèbres, engloutissant villes et campagnes. Elle noya certaines régions reculées de la Chine, lieux anciens de sagesse et de travail acharné, et frappa tant d'autres territoires que l'ampleur de sa colère ne pouvait être ignorée. La Terre montrait que son message n'était pas un simple avertissement, mais un cri de douleur, un rappel que chaque injustice infligée à ses enfants humains résonnait dans son corps même, dans ses rivières, ses mers et ses vents.

L'année suivante, la colère de la Terre s'intensifia encore. Elle provoqua une sécheresse implacable sur les terres de la Grèce antique, berceau des arts et de la philosophie, et fit surgir des puits abominables dans les cours mêmes des anciens Tsars, rappelant aux puissants que leur opulence et leur arrogance ne suffisaient pas à échapper aux lois de la nature. Jamais auparavant la création n'avait poussé aussi loin sa leçon pour faire comprendre à une créature en particulier - l'homme - jusqu'où sa cruauté et son indifférence pouvaient blesser. Chaque tempête, chaque inondation, chaque sécheresse était un langage que la Terre utilisait pour frapper les consciences, pour rappeler que nul empire, aucune machine, aucun pouvoir humain ne pourrait jamais échapper à sa colère lorsque la justice naturelle était bafouée.

Ainsi, la Terre grondait, pleurait et punissait, non par hasard, mais pour enseigner une vérité universelle : celui qui ne respecte pas l'équilibre de la vie et qui abuse de la fragilité des autres finit par entendre le cri du monde lui-même, un avertissement à la fois terrible et sublime, que nul ne peut ignorer éternellement.

Chapitre X - L'Empereur des ténèbres en croisade pour la PAIX

La même année où le monde célébrait le passage d'un millénaire à l'autre, où l'horloge du temps semblait marquer la fin d'une ère et le début d'une autre, le Sud de l'Empire des ténèbres fut frappé par des sécheresses d'une sévérité inouïe. Pendant ce temps, dans les vastes étendues glacées de la Russie, la pluie tombait sans interruption sur les cités et les campagnes, s'abattant comme une armée de fous, trempant les pierres des villes anciennes, noyant la terre des empires passés et des croyances millénaires. Dans ce contexte de désordre et de calamité, l'Empereur des ténèbres, maître des illusions et des manipulations, décida une fois encore de prendre le masque du prince de la paix.

Pour cela, il posa ses pas sur la ville trois fois sainte - celle qui avait enflammé les coeurs et les âmes de l'humanité à travers trois religions majeures, marquant de son empreinte cinq millénaires d'histoire et de foi. Ses intentions étaient claires pour lui-même, obscures pour le reste du monde : se présenter comme le champion de la paix, le médiateur des conflits, l'incarnation terrestre de la bonté divine. Il convoqua les deux rois ennemis, maîtres de terres en guerre, et imposa un cessez-le-feu soigneusement orchestré. Chaque geste, chaque mot, chaque sourire fut calculé pour créer l'illusion d'un coeur sincère et d'une volonté pure. Il retarda ses autres expéditions, reporta ses conquêtes et retint ses armées, tout pour convaincre les peuples que sa cause était noble et désintéressée.

Et ainsi, une grande partie des habitants, fatigués de la guerre et affamés de sérénité, crut en sa bonne foi. Ils virent en lui un saint, un sauveur inattendu, un guide pour un monde meurtri, et pardonnèrent ses crimes passés, convaincus que toute mauvaise action avait été nécessaire pour protéger la paix, que toute violence antérieure n'était que sacrifice pour le bien commun.

Pourtant, dans l'ombre, les plus sages, les minorités attentives et les esprits prudents n'étaient pas dupes. Ils se souvenaient que ce même prétendu pacificateur n'avait jamais cessé, depuis des décennies, de vendre et de fournir des armes aux deux rois ennemis, alimentant leur guerre et semant le chaos. Ils savaient que derrière le masque de la sainteté se cachait la manipulation, la cupidité et l'intrigue. Mais, dans ce monde aveuglé par la croyance et l'espoir, presque personne ne leva la voix pour dénoncer le mensonge. Personne ne cria : « L'Empereur des ténèbres ment ! Il provoque la guerre depuis un siècle, et maintenant il prétend apporter la paix ! »

Ainsi, la surface de la Terre, toujours oscillante entre espoir et désillusion, fut le théâtre d'une mascarade gigantesque, où la vérité se perdait dans les gestes et les paroles d'un tyran se faisant passer pour un sauveur. L'Empereur, maître de la tromperie et de la scène, avançait, inébranlable, dans sa croisade pour la paix, tandis que le monde entier regardait, suspendu entre admiration et ignorance, incapable de discerner l'ombre derrière le masque de lumière.

Et dans ce théâtre de illusions, la paix semblait fragile, fragile comme le souffle d'un vent d'été, dépendant de la volonté d'un homme qui savait, mieux que quiconque, que l'ombre et la lumière peuvent coexister sur le même trône, et que la vérité, elle, reste toujours invisible à ceux qui choisissent de ne pas voir.

Chapitre XI - Le Gouvernement Mondial

Une fois encore, l'humanité se dirigea vers un seuil où la technologie, les communications et le manque de moralité se combineraient pour menacer la survie même de la planète. Les hommes de cette époque, aveuglés par leur orgueil et leur désir de domination, s'évertuèrent à exploiter leurs semblables, non par nécessité, mais par égoïsme pur, par une haine froide et subtile de l'autre, de celui qui différait, de celui qui vivait autrement. Les relations humaines, fragiles et précieuses naguère, se brisèrent sous le poids de la cupidité et de la soif de contrôle.

Dans ce chaos, un nouvel ordre mondial fut institué, présenté comme la promesse d'une unité et d'une paix universelle, mais en réalité conçu pour réaliser les objectifs les plus sombres de l'âme humaine : dominer, contraindre et manipuler. Ce pouvoir centralisé, vaste et invisible, orchestré dans l'ombre par des forces obscures, permit aux individus les plus ambitieux et les plus corrompus de placer à la tête du monde une marionnette, un visage de conformité et de confiance, dont le rôle serait de masquer l'horreur sous un masque de légitimité.

Mais cette marionnette, lorsqu'on en révéla les intentions profondes, se révéla être bien plus que ce que l'on croyait : un antéchrist, conçu génétiquement et programmé par des érudits fous, des hérétiques obsédés par la destruction. Son but, inscrit dans les cellules mêmes de son être, était de dévaster le monde. Ses actions, guidées par une intelligence froide et calculée, mirent en péril presque toute la planète. Les villes s'effondraient sous les conflits qu'il suscitait, les forêts s'asséchaient sous l'indifférence et les tempêtes déchaînées balayaient les terres habitées.

Le gouvernement mondial, censé être un outil de paix et d'unité, se transforma en instrument de ruine, une machine dont les engrenages étaient huilés par la manipulation et la cruauté, et dont les victimes n'étaient pas seulement des nations ou des peuples, mais l'essence même de l'humanité. Les hommes, aveuglés par la confiance dans leur système et par l'illusion d'une sécurité universelle, n'avaient pas prévu que le coeur de leur sauveur autoproclamé battait au rythme de la destruction.

Ainsi, l'ère du gouvernement mondial devint l'ère de la tromperie et de la peur, où l'ombre et la lumière se confondaient, où la promesse de paix cachait la certitude de l'apocalypse. Et l'humanité, perdue dans ce labyrinthe d'illusion et de pouvoir, ne voyait pas encore que sa destinée serait façonnée par des mains programmées depuis longtemps pour semer la ruine, que le monde, tel qu'il était connu, serait presque entièrement détruit, et que la leçon finale, douloureuse et inévitable, viendrait du chaos qu'ils avaient eux-mêmes laissé croître.

Chapitre XII - De la Terre vers Mars

Malgré la folie, la violence et l'aveuglement qui avaient consumé la Terre, il resta toujours des survivants. Ces âmes résilientes, éparpillées au milieu des ruines et des cendres de leur monde natal, portaient encore en elles la mémoire des splendeurs passées et la lumière fragile de l'espérance. Elles avaient vu la Terre se transformer en un enfer de guerre, de cataclysmes et de pollution, où la vie, autrefois luxuriante et généreuse, n'était plus qu'un souvenir lointain, écrasée par l'orgueil et l'indifférence de ceux qui croyaient posséder le monde.

Face à ce désastre irréversible, les survivants prirent une décision qui devait marquer le destin de l'humanité pour les siècles à venir. Si la Terre, mère nourricière, ne pouvait plus les accueillir, alors il fallait chercher un nouveau foyer, un refuge au-delà de l'ombre de leur propre folie. Ainsi naquit le projet des vaisseaux : des navires gigantesques, forgés dans la science et la persévérance, capables de transporter les meilleurs d'entre eux vers la planète du dieu de la Guerre, Mars. Là, dans ce monde rouge et austère, ils espéraient semer les germes d'une civilisation renaissante, apprendre de leurs erreurs et bâtir un futur où la paix et la sagesse primerait sur l'avidité et la destruction.

Mais cette migration ne devait pas être seulement physique : elle était le symbole d'un apprentissage profond, un rappel que l'histoire de l'humanité est tissée entre plusieurs mondes. Vénus, autrefois luxuriante et fertile, servait de leçon : une planète magnifique, où la vie avait prospéré dans l'abondance, avait été détruite par la violence et la guerre. La Terre, aujourd'hui ravagée, rappelait que la beauté et l'équilibre de la nature sont fragiles et doivent être protégés avec vigilance. Mars, elle, attendait, impassible et rouge, prête à accueillir ceux qui sauraient respecter la rigueur et l'âpreté de son climat et de son sol, mais aussi à rappeler que la survie exige la sagesse, l'humilité et la collaboration.

Dans ce passage de la Terre vers Mars, se dessinait la morale essentielle : la vie, même au milieu du chaos, reste précieuse. Chaque planète - Vénus, la Terre, Mars - portait en elle un enseignement. Vénus enseignait la splendeur et la générosité de la nature, mais aussi la fragilité de la perfection face à l'orgueil humain. La Terre enseignait la douleur et les conséquences de la guerre et de l'avidité, mais aussi la résilience et la capacité de ceux qui survivent à apprendre et à évoluer. Mars, enfin, enseignait l'espoir et la discipline : même dans un monde hostile, la sagesse et le respect des lois naturelles permettent de renaître et de bâtir une nouvelle civilisation.

Ainsi, les survivants quittèrent la Terre, emportant avec eux les leçons de Vénus et les cicatrices de leur monde natal. Leur voyage vers Mars n'était pas seulement un exode, mais une promesse : que jamais plus la violence, la cupidité et l'aveuglement ne guideraient leurs pas. Que la mémoire des mondes perdus éclaire leurs décisions et que la science, la morale et la compassion deviennent les fondations d'un nouvel âge. Car dans la danse des planètes, dans le ballet silencieux du cosmos, chaque action humaine trouve son écho - et chaque choix, chaque erreur ou chaque geste de sagesse, façonne l'avenir de toute l'humanité.



Dernière mise à jour : Lundi, le 7 juillet 2025