Le faux docteur
Auteur :
Sylvain Maltais
Catégorie :
Conte pour enfant
Sylvain Maltais
Catégorie :
Conte pour enfant
Date de publication :
28 septembre 1988
28 septembre 1988
Dans un royaume lointain, où les palais de pierre blanche côtoyaient des forêts anciennes chargées de secrets, vivait une princesse victime d'un sort cruel. Un enchantement malicieux avait altéré son visage, transformant son nez au point qu'aucun médecin du royaume ne parvenait à y remédier. Les savants baissaient les yeux, les guérisseurs secouaient la tête, et l'espoir s'amenuisait de jour en jour. C'est alors qu'apparut un homme étrange, se présentant comme docteur, porteur de promesses trop belles pour être honnêtes. Nul ne savait d'où il venait, ni quelles intentions se cachaient derrière son sourire assuré. Mais lorsque le désespoir s'installe, même les ombres savent se faire passer pour des sauveurs...
Cet homme qui se faisait appeler docteur n'était pourtant ni guérisseur ni savant. Voyageur rusé, nourri de ruses et d'ambitions secrètes, il parcourait les royaumes à la recherche d'occasions rares, là où la magie et le désespoir se croisaient. Ce qu'il convoitait n'était pas la reconnaissance ni l'or, mais les objets enchantés dont il connaissait la valeur et le pouvoir. Il avait entendu parler de trois reliques anciennes, gardées au palais, capables d'exaucer les voeux et de soumettre les hommes à la volonté de celui qui les possédait. La princesse, frappée par le sort, n'était pour lui qu'un passage obligé, une clé fragile ouvrant la porte à ces trésors. Sous son masque de bienveillance, il n'abritait qu'un calcul froid : guérir, oui... mais seulement si le prix en valait la peine.
Le faux docteur s'inclina devant la princesse et, d'une voix mielleuse, déclara :
«Si tu désires retrouver un nez de taille normale, il te faudra me remettre les trois objets magiques. Sans eux, point de remède.»
La princesse, dont le visage portait encore la marque de l'enchantement, accepta... mais non sans prudence. Elle posa une condition, claire et ferme : elle voulait recevoir le remède avant de céder les précieux objets. Son regard était droit, déterminé, et ne laissait transparaître aucune faiblesse.
Le faux docteur resta silencieux quelques instants. La méfiance, comme une ombre, traversa son esprit. Était-ce un piège ? Une ruse ? Un simple substitut destiné à le tromper ? Pour gagner du temps, il s'assit sur un banc de bois usé et aperçut, dissimulé sous le lit, un sac qu'il observa avec attention.
La princesse rompit le silence :
«Qu'as-tu décidé ?»
Après un bref soupir, il répondit enfin :
«C'est d'accord.»
Il se leva pour lui tendre le remède, mais au moment où son bras se glissa sous le lit, la princesse remarqua son geste suspect. Aussitôt, elle sortit la corne magique et la porta à ses lèvres. Le son puissant résonna dans la pièce, et cent hommes surgirent à l'instant même, prêts à obéir à son appel. Elle leur ordonna de s'emparer du sac du faux docteur.
Mais l'homme n'était pas dupe. Il avait anticipé cette réaction. Dans le sac, point d'objets précieux, mais du sable. D'un geste vif, il le projeta sur les cent hommes, qui, aveuglés et désorientés, perdirent toute cohésion. Le faux docteur récupéra alors la corne, et à l'instant même, les hommes changèrent d'allégeance et se rangèrent sous son commandement.
La princesse, désormais désarmée, le supplia de lui donner le remède, puisque la corne était en sa possession. Touché - ou peut-être simplement pressé d'en finir - il accepta par pitié. Elle but le remède, et son nez retrouva aussitôt sa forme normale, comme si l'enchantement n'avait jamais existé.
Mais à peine la transformation achevée, la princesse cria vers les couloirs du palais, appelant son père, affirmant qu'elle avait été enlevée.
Profitant du tumulte, le faux docteur s'empara de la sacoche et de la ceinture magique. Sans perdre un instant, il formula le voeu de retourner chez son père.
En un battement de coeur, il apparut dans la maison paternelle. Là, sans un mot de plus, il remit les objets magiques à ses frères, le regard chargé de ruse et de triomphe, comme un homme qui avait joué la partie jusqu'au bout - et l'avait gagnée.