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baleine, chasse à la, activité consistant à capturer des baleines au sens strict ou d'autres grands cétacés, comme le cachalot, afin d'en exploiter les différentes parties et d'en commercialiser les produits dérivés. Les baleines ont longtemps été recherchées pour leur huile, leur viande, leurs fanons, leur peau, leurs os ou encore certaines substances rares comme l'ambre gris. Pendant plusieurs siècles, cette activité a représenté une ressource économique importante pour de nombreuses régions côtières du monde.

Une chasse ancestrale

Pendant longtemps, les historiens ont cru que les hommes préhistoriques ne pratiquaient pas véritablement la chasse à la baleine et se contentaient d'exploiter les cétacés échoués sur les plages. Plusieurs découvertes archéologiques montraient pourtant que les populations anciennes connaissaient bien ces animaux marins. Une dent de cachalot retrouvée sur un site paléolithique en Ariège, ainsi que des représentations de baleines datant du néolithique en Norvège, prouvent que les cétacés occupaient déjà une place importante dans l'imaginaire humain.

Les découvertes réalisées en 2004 sur le site coréen de Bangu-dae ont cependant profondément modifié cette vision. Des gravures rupestres très détaillées montrent de grands cétacés poursuivis par des embarcations transportant des chasseurs armés de harpons. Ces représentations permettent d'affirmer qu'une véritable chasse à la baleine existait déjà au néolithique, probablement de manière organisée.

D'autres indices montrent qu'à partir de 3000 av. J.-C., les ancêtres des Inuit vivant près de la mer des Tchouktches et de la mer de Béring consommaient régulièrement de la viande de baleine et utilisaient leurs os pour fabriquer des outils, des armes ou des éléments de construction. Certaines populations côtières de Norvège, d'Alaska et du Groenland employaient même les ossements des cétacés pour bâtir la charpente de leurs habitations.

Faute de disposer de harpons métalliques, ces premiers chasseurs utilisaient probablement des défenses de morse ou des pointes en os enduites de poison. Ils poursuivaient les baleines à bord de petites embarcations légères et attendaient ensuite que l'animal affaibli meure avant de le récupérer.

À partir du premier millénaire de notre ère, les techniques se perfectionnent. Les Thuléens d'Alaska mettent au point des harpons reliés à des flotteurs en peau de phoque. Ces flotteurs ralentissent l'animal, indiquent sa position lorsqu'il plonge et l'empêchent de couler après sa mort. Au Moyen Âge, les Norvégiens et les Japonais développent également des méthodes collectives consistant à rabattre les cétacés vers le rivage, où ils sont ensuite tués à l'aide de lances.

Les baleiniers basques

Les Basques sont considérés comme les premiers peuples à avoir pratiqué une chasse intensive à la baleine. Dès le ixe siècle, ils organisent des campagnes saisonnières dans le golfe de Gascogne, où migrent les baleines franches à la recherche de bancs de sardines. Cette activité devient rapidement essentielle pour les ports du sud-ouest de la France et du nord de l'Espagne.

Des observatoires installés sur les hauteurs permettent de surveiller la mer et de repérer les cétacés. Dès qu'une baleine est aperçue, de petites embarcations à rames sont mises à l'eau. Elles transportent généralement un harponneur, plusieurs rameurs et un barreur. Les chasseurs poursuivent alors la baleine franche, un animal relativement lent et facile à approcher.

Une fois harponnée, la baleine est reliée à des flotteurs qui ralentissent sa fuite et l'épuisent progressivement. L'animal est ensuite achevé à la lance puis remorqué jusqu'au rivage. Là, il est dépecé, et son lard est fondu afin d'en extraire une huile utilisée pour l'éclairage, la lubrification ou certaines fabrications artisanales.

Grâce à cette activité, des ports comme Saint-Jean-de-Luz, Bayonne ou Biarritz connaissent une grande prospérité pendant plusieurs siècles. La chasse à la baleine devient alors une véritable industrie régionale.

Nouveaux territoires, nouvelles méthodes

À partir du xve siècle, les baleines deviennent moins nombreuses dans le golfe de Gascogne. Les Basques commencent donc à explorer de nouvelles zones de chasse plus éloignées. Ils se rendent vers les îles Féroé, Terre-Neuve, le Labrador et l'estuaire du Saint-Laurent. Une île du Québec porte encore aujourd'hui le nom d'île aux Basques en souvenir de cette présence.

Les campagnes deviennent alors beaucoup plus longues et nécessitent de nouveaux équipements. Les baleiniers, plus grands et plus robustes, transportent plusieurs petites embarcations appelées baleinières. Ces canots permettent aux harponneurs de s'approcher discrètement des cétacés.

Les harpons sont désormais reliés aux canots par de longues cordes. Lorsque la baleine plonge, les marins laissent filer la corde. Lorsqu'elle remonte à la surface, ils continuent à la suivre jusqu'à ce qu'elle s'épuise. Une fois morte, elle est remorquée jusqu'au navire principal.

Au départ, le lard des baleines est conservé dans les soutes puis transformé à terre. À partir du XVIe siècle, les chasseurs commencent à faire fondre le lard directement sur le pont des navires afin d'obtenir de l'huile plus rapidement et d'éviter les problèmes de conservation.

Apogée et déclin de la pêche française

Au XVIe siècle, les produits issus de la baleine sont très recherchés dans toute l'Europe. Outre la viande et l'huile, les fanons servent à fabriquer des corsets, des ombrelles, des fouets ou divers objets de luxe. Cette activité attire alors de nombreuses nations maritimes.

Les ports français comme Granville, Bordeaux, Saint-Malo, Le Havre ou Dunkerque arment des navires baleiniers. Les Espagnols, les Hollandais, les Anglais, les Norvégiens ou encore les Russes entrent eux aussi dans cette compétition.

Peu à peu, la concurrence devient très forte. Les zones de chasse se déplacent vers le Spitzberg, le Groenland ou le Labrador. Les Français, disposant de moins de moyens que les Hollandais ou les Anglais, perdent progressivement leur avance. La perte de certains territoires, comme Terre-Neuve et l'Acadie, affaiblit encore davantage la pêche française.

Les Hollandais et les Anglais profitent de leur supériorité financière et technique pour dominer la chasse baleinière européenne. Ils emploient souvent des harponneurs basques pour bénéficier de leur expérience. À partir du xviiie siècle, la suprématie européenne est cependant remise en cause par les Américains.

La chasse américaine

En Nouvelle-Angleterre, la chasse à la baleine devient une activité essentielle à partir du xviie siècle. L'événement décisif se produit en 1712, lorsqu'un baleinier capture un cachalot au large de Nantucket. Cet animal est particulièrement recherché car il fournit une huile de très bonne qualité, de l'ambre gris pour la parfumerie et du spermaceti utilisé dans la fabrication de chandelles haut de gamme.

Autour de cette activité se développent de véritables villes baleinières. Des ports comme Nantucket ou New Bedford vivent presque entièrement du commerce des produits tirés des cétacés.

Malgré le ralentissement provoqué par la guerre d'Indépendance américaine, les États-Unis deviennent rapidement la première puissance baleinière mondiale. Les navires américains parcourent l'Atlantique, le Pacifique et l'océan Indien à la recherche de nouvelles zones de chasse.

Certaines campagnes durent plusieurs années. Le baleinier Nile, parti en 1858 de New London, ne revient qu'en 1869. Cette période d'expansion est immortalisée dans le roman Moby Dick de Herman Melville.

Cependant, au milieu du XIXe siècle, cette industrie commence à décliner. Les baleines deviennent plus rares, tandis que le pétrole et d'autres produits de substitution remplacent progressivement l'huile de baleine.

L'ère de la pêche industrielle

En 1864, le capitaine norvégien Svend Foyn révolutionne la chasse à la baleine en mettant au point le canon-harpon. Cette arme projette un harpon relié à un câble et muni d'un projectile explosif. Une fois planté dans l'animal, le projectile éclate et provoque sa mort beaucoup plus rapidement qu'un harpon traditionnel.

Cette invention est installée sur des navires à vapeur, plus rapides et plus puissants que les anciens voiliers. Les baleiniers peuvent désormais poursuivre des espèces jusque-là impossibles à capturer, comme le rorqual bleu, très rapide et très massif.

Pour empêcher les grandes baleines de couler après leur mort, les chasseurs injectent de l'air comprimé dans leur abdomen. Les cétacés sont ensuite remorqués jusqu'à la côte ou vers des navires spécialisés pour être dépecés.

Au début du XXe siècle, les Norvégiens inventent également les navires-usines, immenses bâtiments capables de transformer les baleines directement en mer. Cette innovation permet de prolonger les campagnes de chasse et d'augmenter considérablement les prises.

Très vite, les États-Unis, le Japon et la Grande-Bretagne adoptent eux aussi cette technologie. La chasse industrielle entraîne alors une surexploitation dramatique des populations de baleines.

La Commission baleinière internationale

Face à l'épuisement rapide des stocks de baleines, plusieurs organismes internationaux sont créés pour mieux suivre les populations de cétacés. En 1930, la Norvège met en place le Bureau international des statistiques baleinières afin de collecter des données sur les captures.

Les études montrent rapidement que certaines espèces sont au bord de l'extinction. Dans les années 1930, plusieurs populations de baleines franches et de baleines grises bénéficient déjà de premières mesures de protection.

En 1946 est créée la Commission baleinière internationale. Son objectif est de préserver les populations de baleines tout en encadrant l'activité économique des pays baleiniers.

À partir de 1949, cette commission instaure des quotas de capture, interdit la chasse de certaines espèces menacées et protège les baleineaux ainsi que les femelles allaitantes. Des zones protégées sont également créées.

Malgré cela, les quotas restent longtemps trop élevés. Durant les années 1960 et 1970, les captures continuent de dépasser les capacités de renouvellement naturel des espèces. Face à cette situation, la commission crée un sanctuaire dans l'océan Indien en 1979, interdit la chasse au cachalot en 1981 puis adopte en 1982 un moratoire suspendant la chasse commerciale à partir de 1986.

La chasse à la baleine aujourd'hui

Au début du XXIe siècle, la chasse à la baleine est devenue beaucoup moins rentable qu'autrefois. Les huiles animales, les fanons et les autres produits baleiniers ont été remplacés dans la plupart des cas par des matériaux synthétiques moins coûteux.

Cependant, certains pays continuent de pratiquer la chasse. La Norvège capture chaque année plusieurs centaines de rorquals à bec. L'Islande et le Japon poursuivent également certaines campagnes, officiellement à des fins scientifiques ou culturelles.

Les opposants à cette pratique estiment que ces programmes servent surtout à maintenir une activité commerciale déguisée. Ils soulignent notamment que la viande de baleine issue des campagnes dites scientifiques est ensuite vendue sur les marchés.

Le Japon s'est particulièrement retrouvé au centre des critiques internationales lorsqu'il a augmenté fortement ses captures au milieu des années 2000, notamment pour les baleines de Minke et d'autres espèces protégées.

Par ailleurs, certaines communautés autochtones, comme les Inuit du nord du Canada ou les Tchouktches de Sibérie, disposent encore de quotas spéciaux de chasse de subsistance, justifiés par leurs traditions et leurs besoins alimentaires.

Les débats restent vifs au sein de la Commission baleinière internationale. Certains pays souhaitent maintenir le moratoire de 1982, tandis que d'autres demandent une reprise encadrée de la chasse commerciale. Malgré ces tensions, la majorité des États continue aujourd'hui de considérer que la protection des baleines demeure une priorité essentielle pour préserver les grands équilibres marins.



Dernière mise à jour : Samedi, le 14 avril 2026