Ballets russes
Les Ballets russes sont une compagnie de ballet fondée en 1909 par Serge de Diaghilev, figure majeure du monde artistique de son époque. Cette troupe a incarné, durant les vingt années de son existence (1909-1929), l'avant-garde et la modernité dans le domaine de la danse, révolutionnant profondément les arts de la scène. Par son audace, son sens de l'innovation et sa capacité à réunir des artistes de disciplines variées, elle a marqué durablement l'histoire du ballet et influencé de nombreux créateurs à travers le monde.
Des débuts prestigieux
Créée à Saint-Pétersbourg avec des danseurs issus du prestigieux ballet Mariinsky, la compagnie imaginée par Serge de Diaghilev entame dès le printemps 1909 une saison russe à Paris, capitale artistique internationale. La première représentation, donnée le 18 mai 1909 au théâtre du Châtelet, constitue un événement majeur qui suscite immédiatement l'enthousiasme du public parisien. Le programme comprend notamment Le Pavillon d'Armide (musique de Nicolas Tcherepnine, décors de Alexandre Benois), les Scènes et Danses polovtsiennes du Prince Igor (musique de Alexandre Borodine, décors de Nicholas Roerich), Les Sylphides (inspiré de La Sylphide, sur une musique de Frédéric Chopin) et Cléopâtre (musiques de Nikolaï Rimski-Korsakov, Modest Moussorgski et Alexandre Glazounov, décors et costumes de Léon Bakst). Ces oeuvres sont chorégraphiées par Michel Fokine, dont le style novateur contribue largement au succès de la troupe.
À partir de 1909, les tournées internationales se multiplient en Europe et en Amérique, offrant au public occidental l'occasion de découvrir les plus grands danseurs et chorégraphes russes. Parmi eux figurent Vaslav Nijinski, Anna Pavlova, Tamara Karsavina, Ida Rubinstein, Adolph Bolm et Serge Lifar. La compagnie contribue également à faire connaître les oeuvres de grands compositeurs russes tels que Sergeï Prokofiev et Igor Stravinski, dont la musique accompagne certaines des créations les plus marquantes.
Parmi les premiers grands succès de la troupe, on peut citer Les Sylphides (1909), L'Oiseau de feu (1911) et Petrouchka (1912), qui illustrent le renouveau esthétique apporté par les Ballets russes. L'arrivée en 1911 de Vaslav Nijinski marque un tournant décisif. Son style non académique, son expressivité intense et son interprétation audacieuse suscitent à la fois fascination et scandale, notamment lors des créations de L'Après-midi d'un faune (1912) et du Sacre du Printemps (1913), oeuvres qui bouleversent les conventions artistiques de l'époque.
Sous l'influence de Jean Cocteau, rencontré en 1912, Serge de Diaghilev élargit son projet artistique en s'ouvrant à des créateurs européens. Des peintres et artistes majeurs comme Pablo Picasso, Henri Matisse, Georges Braque et André Derain participent à la conception des décors, tandis que des compositeurs tels que Georges Auric, Francis Poulenc, Claude Debussy et Maurice Ravel créent des musiques originales. Cette collaboration multidisciplinaire donne naissance à un véritable « spectacle total », où tous les arts sont réunis.
Difficultés financières
À la suite de la Révolution russe de 1917, Serge de Diaghilev rompt ses liens avec la Russie, ce qui fragilise la situation de la compagnie. Dès lors, les Ballets russes connaissent des difficultés financières récurrentes et doivent partager leurs activités entre Paris et Monte-Carlo pour survivre. En 1918, à la suite d'un conflit personnel, Diaghilev renvoie Vaslav Nijinski, dont la carrière sera tragiquement interrompue par la maladie mentale.
De nouveaux danseurs et chorégraphes rejoignent alors la troupe, parmi lesquels Léonide Massine. Cette période voit naître des oeuvres importantes telles que Parade (1917, musique d'Erik Satie), La Boutique fantasque (1919, décors d'André Derain) et Le Chant du rossignol (1920, décors d'Henri Matisse). Malgré les difficultés, la compagnie continue d'innover et de produire des spectacles originaux.
En 1921, Diaghilev tente un retour au classicisme en recréant à Londres La Belle au bois dormant de Marius Petipa. Cependant, cette production, très coûteuse, ne rencontre pas le succès espéré et aggrave les problèmes financiers de la troupe. Il fait alors appel à Bronislava Nijinska, soeur de Nijinski, qui signe plusieurs chorégraphies importantes, dont Les Noces (1923) sur une musique d'Igor Stravinski, Les Biches (1924) de Francis Poulenc et Le Train bleu (1924), avec un livret de Jean Cocteau et des costumes de Coco Chanel.
Un autre artiste majeur rejoint la compagnie : George Balanchine, qui devient en 1925 le chorégraphe attitré. Il crée notamment Barabau (1925), Le Pas d'acier (1927) sur une musique de Sergeï Prokofiev, et Apollon Musagète (1928), considéré comme un manifeste du ballet néoclassique.
À la mort de Serge de Diaghilev en 1929, la compagnie se dissout, mais son héritage perdure à travers plusieurs troupes qui reprennent son nom, comme les Ballets russes de Monte-Carlo. Le succès exceptionnel et l'influence durable des Ballets russes reposent sur leurs innovations chorégraphiques, leur audace artistique et leur capacité à réunir danse, musique, peinture et mode dans un même spectacle. Ils demeurent aujourd'hui une référence incontournable dans l'histoire de la danse moderne et continuent d'inspirer les créateurs contemporains.