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Bausch, Pina

Pina Bausch (1940-2009) est une danseuse et chorégraphe allemande majeure du XXe siècle, dont l'oeuvre a profondément transformé la perception du théâtre dansé et de la danse contemporaine. Par son approche radicale, elle a contribué à brouiller les frontières entre les disciplines artistiques, créant un langage scénique inédit où le mouvement, la parole, l'émotion et la mise en scène s'entrelacent étroitement.

Pina Bausch danseuse : de l'Allemagne aux États-Unis

Née à Solingen en Allemagne, Philippine, dite Pina Bausch, manifeste très tôt un intérêt marqué pour la danse et le mouvement. À l'âge de quinze ans, elle intègre la prestigieuse école Folkwang d'Essen, institution artistique reconnue pour son approche interdisciplinaire des arts. Le département de danse y est dirigé par le chorégraphe Kurt Jooss, figure essentielle de la danse expressionniste, avec lequel elle étudie la danse classique, les techniques modernes, les danses folkloriques européennes ainsi que les bases de la composition chorégraphique.

En 1959, Pina Bausch poursuit sa formation aux États-Unis et rejoint la Juilliard School of Dance à New York, où elle bénéficie de l'enseignement de professeurs influents tels qu'Alfredo Corvino et Antony Tudor. Cette période américaine est déterminante dans sa construction artistique, car elle lui permet de découvrir différentes approches de la danse contemporaine. Parallèlement à ses études, elle collabore avec la compagnie de Paul Sanasardo et Donya Feuer, puis avec le chorégraphe Paul Taylor, figure importante de la modern dance.

En 1961, elle est engagée à la fois par le New American Ballet et par le Metropolitan Opera de New York, alors dirigé par Antony Tudor, ce qui lui permet d'évoluer dans un environnement artistique riche et diversifié, mêlant danse classique, opéra et création contemporaine.

Pina Bausch chorégraphe

En 1962, Pina Bausch retourne en Allemagne, où elle rejoint à nouveau Kurt Jooss et intègre le Folkwang Ballet. Elle y développe progressivement ses propres recherches chorégraphiques et devient chorégraphe officielle de la compagnie en 1968. C'est dans ce contexte qu'elle rencontre Jean Cébron, l'un de ses principaux collaborateurs et interprètes, avec lequel elle approfondit son travail sur le mouvement et l'expression corporelle.

Durant cette période, elle crée plusieurs oeuvres importantes, notamment Fairy Queen, Fragmente et Im Wind der Zeit, cette dernière remportant en 1969 le premier prix du concours chorégraphique de Cologne, reconnaissance importante pour une artiste encore en début de carrière. En 1971, elle est nommée directrice du Folkwang Ballet, puis en 1972 elle prend la direction du Wuppertal Bühnen, institution avec laquelle elle développe une nouvelle étape de sa recherche artistique.

Elle y crée notamment de nouvelles versions d'oeuvres classiques comme Iphigénie en Tauride (1974) et Orphée et Eurydice (1975), qu'elle réinterprète à travers son langage chorégraphique personnel. En 1973, elle fonde sa propre compagnie, le Tanztheater Wuppertal, marquant la naissance officielle de son « théâtre dansé ». Ses premières créations suscitent des réactions très contrastées, parfois violemment critiques, en raison de leur radicalité esthétique et de leur rupture avec les codes traditionnels du ballet.

Cependant, avec Café Müller (1978), oeuvre devenue emblématique de la danse contemporaine, elle connaît un tournant décisif dans sa reconnaissance internationale. Cette pièce, profondément marquante par sa charge émotionnelle et sa dramaturgie du corps, s'impose comme une référence majeure du théâtre chorégraphique moderne. En 1983, elle devient directrice du département de danse de la Folkwang Hochschule, puis en 1993 directrice artistique de la Folkwang Tanzschule, consolidant ainsi son influence pédagogique et artistique.

L'univers de Pina Bausch : « De la danse ou du théâtre ? »

Pina Bausch a souvent expliqué sa démarche artistique en affirmant qu'elle « cherche à parler de la vie, des êtres, de nous », soulignant ainsi la dimension profondément humaine de son travail. Elle précise également que « la réalité ne peut plus toujours être dansée », estimant que les formes traditionnelles de la danse ne suffisent plus à exprimer la complexité du monde contemporain. Son oeuvre se situe donc à la frontière du théâtre et de la danse, dans un espace hybride où les disciplines se confondent.

Ses pièces naissent généralement d'un processus de création organique qu'elle décrit comme un mouvement « de l'intérieur vers l'extérieur ». Au fil du travail collectif, elle s'éloigne volontairement de structures préétablies, considérant que chaque élément acquiert son sens dans la relation avec les autres. La construction finale des spectacles résulte ainsi d'un processus collaboratif où les interprètes participent activement à la création.

L'un des éléments fondamentaux de son langage est la répétition, qu'elle utilise sous des formes variées pour explorer un même thème sous différents angles. Ce thème central est souvent celui de l'amour, envisagé comme une force complexe mêlant désir, fragilité et tension. À travers ses oeuvres, elle construit un univers où coexistent la peur, le malaise, la séduction et la tendresse, traduisant la richesse des émotions humaines.

À partir de Die sieben Todsünden (Les Sept Péchés capitaux, 1976), son univers devient de plus en plus centré sur la figure féminine, l'identité et la mémoire. Elle développe une conception nouvelle du corps, fondée sur la répétition des gestes, les rythmes discontinus et l'importance de l'improvisation. Son humour parfois noir et son goût pour la caricature apparaissent également dans des oeuvres comme Im Wind der Zeit (1969), Orpheus und Eurydike (1975) ou Tanzabend II (1991).

À partir de 1989, Pina Bausch entame un vaste travail international, collaborant avec des théâtres et des compagnies locales dans le monde entier. Ce projet de création itinérante l'amène à produire des oeuvres inspirées de différentes villes et cultures, comme Palermo Palermo (1989), Viktor (1986, présenté à Paris), Das Stück mit dem Schiff (1993), Danzon (1995), Nur Du (1996) ou Der Fensterputzer (1996). Elle développe ainsi une véritable cartographie chorégraphique mondiale.

Elle apparaît également au cinéma dans le film E la nave va (Et vogue le navire, 1983) de Federico Fellini, témoignant de son influence au-delà du monde de la danse.

Par son oeuvre, Pina Bausch a profondément renouvelé les formes du spectacle vivant, laissant une empreinte durable dans l'histoire de la danse contemporaine et du théâtre chorégraphique.



Dernière mise à jour : Samedi, le 14 avril 2026