Cabora Bassa, barrage de
Cabora Bassa, barrage de, important complexe hydroélectrique construit sur le Zambèze dans la province de Tete, au Mozambique. Connu aujourd'hui sous l'orthographe plus courante « Cahora Bassa », cet ouvrage figure parmi les plus grands projets hydroélectriques jamais réalisés sur le continent africain. Sa construction a profondément transformé l'économie, l'aménagement du territoire et la production d'énergie dans la région. Grâce à ses dimensions imposantes et à sa puissance de production, le barrage constitue un élément stratégique pour l'approvisionnement électrique de plusieurs pays d'Afrique australe.
Le barrage est construit dans une gorge du Zambèze, l'un des plus longs fleuves d'Afrique. À sa crête, l'ouvrage mesure environ 300 mètres de largeur et atteint une hauteur d'environ 170 mètres au-dessus de son assise. Derrière la digue s'étend un immense réservoir artificiel formant le Lac de Cahora Bassa. Ce lac s'étire sur près de 240 kilomètres de longueur et retient plusieurs milliards de mètres cubes d'eau. Sa création a profondément modifié le paysage régional, entraînant l'inondation de vastes territoires et la transformation des écosystèmes riverains.
Dès son origine, le projet fut conçu comme un gigantesque aménagement hydroélectrique destiné à produire une quantité considérable d'électricité. La centrale associée au barrage possédait initialement une capacité installée d'environ 2 075 mégawatts, avec des projets d'expansion visant à atteindre près de 4 000 mégawatts. Pendant de nombreuses années, cette installation fut considérée comme le plus important projet hydroélectrique du continent africain et l'un des plus ambitieux réalisés dans l'hémisphère Sud. Sa production énergétique était destinée non seulement au Mozambique, mais également à plusieurs pays voisins.
La construction du barrage débuta officiellement en 1969 sous l'administration coloniale portugaise. À cette époque, le Mozambique était encore un territoire contrôlé par le Portugal. Le gouvernement portugais considérait le projet comme un instrument majeur de développement économique et comme un moyen de consolider sa présence dans la colonie. Les autorités espéraient que l'énergie produite permettrait de favoriser l'industrialisation locale, d'alimenter les exploitations minières et les industries de la région, ainsi que de générer d'importantes recettes grâce aux exportations d'électricité.
Cependant, le projet suscita dès le départ une forte opposition politique. Le Front de libération du Mozambique (FRELIMO), qui menait alors la lutte pour l'indépendance du pays, dénonça la construction du barrage. Selon ses dirigeants, cet immense projet profitait principalement à l'administration coloniale et à ses partenaires économiques plutôt qu'à la population mozambicaine. Malgré ces critiques, les travaux se poursuivirent pendant plusieurs années dans un contexte de tensions croissantes.
Les autorités portugaises nourrissaient également de grands espoirs quant aux retombées agricoles du barrage. Outre la production d'électricité, elles prévoyaient d'utiliser l'eau du réservoir pour alimenter un vaste programme d'irrigation couvrant environ 1,5 million d'hectares. Ce projet devait permettre le développement d'importantes zones agricoles dans la vallée du Zambèze et contribuer à la croissance économique régionale. Une partie de l'électricité produite devait également être exportée vers l'Afrique du Sud afin d'alimenter son industrie en pleine expansion.
L'exportation d'énergie hydroélectrique vers l'Afrique du Sud commença effectivement en 1977. Cette étape intervint deux ans après l'indépendance du Mozambique, obtenue en 1975 à la suite du retrait portugais. Le FRELIMO prit alors le pouvoir et devint le gouvernement du nouvel État indépendant. Les nouvelles autorités souhaitaient utiliser le barrage de Cabora Bassa comme un moteur du développement national, en mettant l'électricité au service de l'industrialisation, de l'agriculture et de l'amélioration des conditions de vie de la population.
Ces ambitions furent toutefois gravement compromises par la guerre civile qui éclata peu après l'indépendance. Entre 1977 et 1993, le pays fut confronté à une longue période de conflit opposant le gouvernement du FRELIMO à la Résistance nationale du Mozambique (RENAMO). Cette organisation, soutenue à différents moments par l'Afrique du Sud et d'autres acteurs régionaux, mena une campagne d'insurrection contre le gouvernement mozambicain. Les infrastructures stratégiques du pays, dont les installations liées au barrage, furent fréquemment prises pour cible.
L'un des principaux objectifs de la RENAMO fut le réseau de transport de l'électricité produit à Cabora Bassa. Les lignes à haute tension reliant le barrage à l'Afrique du Sud et aux centres de consommation mozambicains furent régulièrement sabotées. En 1983, ces attaques étaient devenues si fréquentes et si importantes qu'elles entraînèrent pratiquement l'arrêt de la distribution de l'énergie hydroélectrique, aussi bien pour les besoins intérieurs que pour les exportations internationales. Cette situation réduisit considérablement les bénéfices économiques attendus du projet et limita son impact sur le développement du pays.
Après la diminution progressive du conflit et les accords de paix conclus au début des années 1990, d'importants travaux de réhabilitation furent entrepris. Les quelque 900 kilomètres de lignes de transport d'électricité reliant le barrage à l'Afrique du Sud furent réparés et modernisés. Cette remise en état permit la reprise graduelle des exportations d'énergie et contribua à restaurer la place stratégique de Cabora Bassa dans le réseau électrique régional.
Parallèlement, des négociations furent engagées entre le Portugal et le Mozambique concernant la propriété du complexe hydroélectrique. Selon les accords conclus entre les deux pays, le contrôle du barrage devait être progressivement transféré à l'État mozambicain. Ce processus visait à donner au Mozambique la pleine maîtrise d'une infrastructure considérée comme essentielle à son développement économique et énergétique. Le transfert progressif de propriété devait aboutir à une prise de contrôle complète par le Mozambique au cours des années 2000.
Aujourd'hui, le barrage de Cabora Bassa demeure l'une des plus importantes infrastructures hydroélectriques d'Afrique. Il joue un rôle majeur dans l'approvisionnement énergétique du Mozambique et contribue également à l'alimentation électrique de plusieurs pays d'Afrique australe. Au-delà de sa fonction économique, il constitue un symbole de l'histoire contemporaine du Mozambique, illustrant à la fois les ambitions de développement, les héritages de la période coloniale et les défis liés à la construction nationale après l'indépendance.