café-concert
café-concert, café populaire, forme de divertissement musical et théâtral urbain, ancêtre direct du music-hall moderne et espace majeur de sociabilité populaire du XIXe siècle français.
Né autour de 1770 dans les villes françaises en pleine transformation sociale et culturelle, ce que l'on appelle alors le café chantant est un lieu hybride où l'on peut à la fois consommer des boissons, se réunir, échanger et écouter des chansonniers de passage ou des artistes ambulants interprétant des chansons satiriques, sentimentales ou humoristiques. Peu de temps avant la Révolution française, cette pratique se structure davantage et s'installe durablement sous les galeries du Palais-Royal, devenant un point de rencontre important pour les Parisiens de toutes conditions sociales. Fermé sous l'Empire en raison de politiques de contrôle des spectacles et des lieux publics, le café chantant connaît ensuite un important essor pendant le règne de Napoléon III, période marquée par de profondes transformations urbaines et économiques, et devient progressivement un haut lieu du divertissement parisien. La nouvelle prospérité économique, qui contribue à l'épanouissement d'une petite et moyenne bourgeoisie urbaine, lui fournit un public plus stable, plus régulier et moins enclin à la revendication sociale que celui des anciennes goguettes, lesquelles étaient souvent plus politisées et contestataires dans leur expression artistique.
Le répertoire du café-concert est extrêmement varié et oscille entre romance sentimentale, mélodrame parfois volontairement grossier, valse lente destinée à la danse ou à l'émotion, chanson patriotique liée aux contextes politiques successifs, et grivoiserie bon marché jouant sur les sous-entendus et les effets comiques. Cette diversité permet au café-concert de toucher un public très large, allant des classes populaires aux milieux bourgeois en quête de divertissement léger. Parmi les salles les plus célèbres et emblématiques de cette culture du spectacle vivant, il faut citer l'Eldorado (ouvert en 1861), la Scala (fondée en 1876), ainsi que l'Alcazar d'hiver et l'Alcazar d'été, situés sur les Champs-Élysées, qui incarnent le prestige croissant de ce type de divertissement dans la capitale. Toutes ces scènes accueilleront des artistes devenus extrêmement populaires et parfois mythiques, tels que Thérésa (1837-1913), Paulus (1845-1908), Dranem, Polin (1863-1927), Yvette Guilbert, ou encore Félix Mayol, célèbre créateur de la chanson «Viens poupoule», qui marquera durablement l'histoire de la chanson française.
L'autorisation officielle de se produire en costumes de scène et non plus en tenue de ville, accordée en 1867, constitue une évolution importante dans la professionnalisation du spectacle, permettant une mise en scène plus élaborée et une expressivité accrue des artistes. Par ailleurs, l'apparition et le développement des attractions chantées, mêlant musique, théâtre et performance visuelle, ouvrent progressivement la voie à une nouvelle forme de spectacle plus sophistiquée et plus structurée : le music-hall, qui remplacera progressivement, après la Grande Guerre, le café-concert traditionnel, en conservant toutefois une partie de son esprit populaire et festif tout en l'adaptant aux goûts du XXe siècle naissant.