Carlson, Carolyn
Carolyn Carlson (1943- ), chorégraphe et danseuse américaine d'origine finlandaise, est une figure majeure de la danse contemporaine, dont l'influence sur le ballet moderne français et européen a été particulièrement profonde et durable. Par son style singulier, mêlant spiritualité, poésie et exploration du mouvement, elle a contribué à renouveler le langage chorégraphique au cours de la seconde moitié du XXe siècle.
De la Compagnie Nikolais au GRTOP
Née à Oakland, en Californie, Carolyn Carlson suit très tôt une formation en danse au San Francisco Ballet avant de poursuivre ses études à l'Université d'Utah, où elle obtient un diplôme. Elle débute sa carrière professionnelle en 1966 au sein de la compagnie du chorégraphe Alwin Nikolais, dont elle adopte les principes esthétiques fondés sur l'abstraction, la lumière et l'expérimentation. Elle y demeure jusqu'en 1971, période durant laquelle elle forge son identité artistique.
En parallèle, elle est récompensée en 1968 par le titre d'Étoile d'or du Concours international de Paris, distinction qui confirme son talent et sa reconnaissance naissante. Peu après, elle décide de s'installer en Europe, où elle rejoint à Paris la compagnie d'Anne Béranger. Elle commence alors à créer ses propres oeuvres chorégraphiques, parmi lesquelles Rituel pour un rêve mort (1972), présenté au festival d'Avignon, et Kyldex 1 (1973), créé à Hambourg sur une musique de Edgar Varèse.
Invitée par l'Opéra de Paris dans le cadre d'un hommage rendu à ce compositeur, elle y présente la même année Densité 21.5, qui rencontre un succès immédiat et marque une étape décisive dans sa carrière. En 1974, elle est nommée étoile-chorégraphe de l'Opéra de Paris par Rolf Liebermann. Elle fonde alors le Groupe de recherches théâtrales de l'Opéra de Paris (GRTOP), structure expérimentale qui, jusqu'en 1980, favorise la création d'une quinzaine de ses oeuvres et improvisations.
Parmi celles-ci figurent Wind, Water, Sand (1976), pièce emblématique mêlant chant, musique classique et free jazz, avec projections visuelles, Writing in the Wall (1979) et Slow, Heavy and Blue (1980). L'arrivée de Carolyn Carlson à Paris coïncide avec l'essor de la danse contemporaine en France, et son univers chorégraphique, nourri d'influences spirituelles et mystiques, exerce une influence déterminante sur toute une génération d'artistes européens.
La Fenice et le Théâtre de la Ville
En 1980, Carolyn Carlson s'installe en Italie, où elle fonde au théâtre de la Fenice de Venise le Teatro Danza la Fenice di Carolyn Carlson. Elle y travaille avec plusieurs de ses anciens interprètes parisiens, notamment Larrio Ekson et Jorma Uotinen. Elle y développe un répertoire riche et varié, comprenant des oeuvres telles que Underwood (1982) et Blue Lady (1983), cette dernière connaissant un succès international considérable et étant présentée dans de nombreux pays.
En 1985, année où elle est nommée chevalier des Arts et des Lettres, elle revient à Paris. Le Théâtre de la Ville devient alors un partenaire essentiel, coproduisant et diffusant ses créations à l'échelle internationale. Parmi ses oeuvres marquantes de cette période figurent Still Waters (1986), Dark (1988), une nouvelle version de Blue Lady (1989) et Steppe (1990).
En tant que chorégraphe invitée, elle crée également A Time Exposure au Joyce Theatre de New York en 1987. Parallèlement à ses spectacles, elle développe un travail d'improvisation, notamment à Ravenne avec John Surman (Improvisations, 1989), puis à Lille avec John Surman et Michel Portal (Improvisations Carlson / Portal / Surman, 1991), reprises la même année au Théâtre de la Ville.
L'Atelier de Paris
À partir de 1991, Carolyn Carlson entame une période marquée par des créations en Scandinavie, avec des oeuvres telles que Maa (1991), Elokuu (1992) et Syyskuu (1992), présentées à Helsinki, ainsi que Sllnlinen Ovi (Blue Gate), créée à Tampere. En 1993, elle prend la direction du Cullberg Ballet en Suède et fonde, avec Pierre Barnier, l'Atelier de Paris-Carolyn Carlson, un espace dédié à la création, à la transmission et à la formation.
Cette structure devient une plateforme internationale à partir de laquelle elle danse, chorégraphie et enseigne dans de nombreux pays. La même année, elle crée Don't Look Back pour Marie-Claude Pietragalla, renforçant ainsi ses liens avec les grandes figures du ballet français contemporain.
En 1999, Carolyn Carlson et sa compagnie s'installent à la Cartoucherie de Vincennes, où elle développe un centre de masterclasses destiné aux danseurs professionnels et préprofessionnels. Ces formations sont animées par des chorégraphes et pédagogues parmi les plus influents de la scène internationale. Elle est également nommée directrice artistique de la section danse de la Biennale de Venise, confirmant son rayonnement international.
En 2000, elle reprend à l'Opéra Bastille le ballet Signes, initialement créé en 1997 par Marie-Claude Pietragalla et Kader Belarbi, poursuivant ainsi son engagement dans la transmission et la réinterprétation des grandes oeuvres de la danse contemporaine.