chorégraphie
Chorégraphie, art de concevoir, d'organiser et de composer un spectacle dansé en structurant les mouvements du corps dans l'espace et dans le temps.
Le terme apparaît pour la première fois dans le titre d'un ouvrage publié par Raoul-Auger Feuillet en 1700 : Chorégraphie ou l'Art de décrire la danse par caractères, figures et signes démonstratifs avec lesquels on apprend facilement de soi-même toutes sortes de danses. À l'origine, comme le suggère clairement son étymologie issue des mots grecs khoreia (danse) et graphein (écrire), le mot désigne donc avant tout l'art de transcrire et de noter les mouvements de la danse à l'aide de signes graphiques précis. Cette notation permet non seulement de reproduire fidèlement une danse en l'absence de démonstration directe, mais aussi d'en conserver la mémoire et d'en assurer la transmission au fil du temps.
Cependant, dès le XVIIIe siècle, l'usage du terme évolue progressivement et son sens se transforme. Le mot chorégraphie ne renvoie plus seulement à la notation écrite des pas, mais en vient à désigner principalement l'art de composer les mouvements, d'organiser les figures et de structurer leur enchaînement dans une oeuvre cohérente. C'est ce sens, plus créatif et artistique, qui s'impose durablement et qui est encore utilisé aujourd'hui. On appelle ainsi chorégraphe le créateur d'un ballet, celui qui imagine, conçoit et règle l'ensemble de la pièce, qu'il s'agisse de reconstituer une oeuvre ancienne ou d'en inventer une nouvelle. Afin d'éviter toute confusion entre la simple notation des mouvements et leur création artistique, le chorégraphe Serge Lifar a proposé le terme de « choréauteur », mettant en avant le rôle d'auteur du créateur.
Par extension, le mot chorégraphie désigne également l'ensemble des mouvements, des pas et des déplacements qui composent une danse particulière. Dans ce sens, il est principalement employé dans le domaine des danses de théâtre occidentales, notamment celles regroupées sous le terme de ballet, qu'elles relèvent du style classique, moderne, jazz ou contemporain. La chorégraphie devient alors une structure globale, un langage corporel organisé qui donne sens à la performance.
Cette évolution du sens du mot n'est pas fortuite. Elle reflète en réalité les transformations profondes de la danse en Occident depuis la Renaissance, période durant laquelle la danse s'est progressivement affirmée comme un spectacle autonome et un véritable art à part entière. Avec la définition précise des pas, leur codification et leur systématisation, il est devenu nécessaire de développer un art spécifique permettant d'en organiser les combinaisons et les enchaînements de manière expressive et esthétique.
Cet art a pris une importance croissante au cours du XXe siècle, à mesure que la danse s'est affranchie, d'une part, du vocabulaire classique traditionnel et, d'autre part, de la dépendance à un livret narratif ou à un thème imposé. De nos jours, ce que l'on appelle l'écriture chorégraphique, ou le langage chorégraphique, est souvent considéré comme un élément central de l'oeuvre, parfois même davantage valorisé que la seule virtuosité technique ou la qualité d'exécution des interprètes. La chorégraphie apparaît ainsi comme une forme d'expression artistique complète, où la création, l'invention et la structuration du mouvement occupent une place essentielle.