Cullberg, Birgit
Cullberg, Birgit (1908-1999), danseuse et chorégraphe suédoise née en 1908 et disparue en 1999, figure importante de la danse scandinave, reconnue pour son rôle de créatrice et d'innovatrice dans le domaine chorégraphique, et fondatrice avec Ivö Cramer et Tutte Lembov du Svenska Dansteatern, compagnie de danse suédoise à vocation artistique et expérimentale.
Une formation diversifiée et une ascension chorégraphique
Née à Nyköping en Suède, Birgit Cullberg suit d'abord une formation orientée vers la danse classique, qu'elle approfondit auprès de la pédagogue Vera Alexandrova, tout en s'ouvrant progressivement à d'autres esthétiques chorégraphiques. Elle explore également la danse expressionniste, ce qui élargit considérablement son langage corporel et sa conception du mouvement. En 1935, elle poursuit sa formation auprès du chorégraphe Kurt Jooss, dont l'influence marquera durablement son approche dramatique et narrative de la danse.
De retour en Suède en 1939, elle commence à se produire dans de petits rôles et développe parallèlement ses propres projets artistiques. En 1946, elle fonde avec Ivö Cramer et Tutte Lembov le Svenska Dansteatern (« Théâtre suédois de la danse »), compagnie considérée comme avant-gardiste dans le paysage chorégraphique scandinave de l'époque. Cette structure lui permet de développer un travail personnel où la danse devient un outil d'expression théâtrale et psychologique.
Son ballet Roméo et Juliette, qu'elle remaniera à deux reprises en 1955 puis en 1969, lui vaut une reconnaissance nationale dès 1944, avant de lui assurer une renommée internationale. Le succès de son adaptation de Mademoiselle Julie d'August Strindberg (Miss Julie) en 1950 confirme son importance dans le renouveau du ballet narratif. À la suite de cette reconnaissance, elle est engagée comme chorégraphe à l'Opéra royal de Stockholm.
Elle poursuit ensuite son travail avec des oeuvres marquantes telles que Medea, créée en collaboration avec Maurice Béjart, dans laquelle elle interprète le rôle de Jason aux côtés de ses enfants Malin et Mats. Cette pièce est reprise en 1958 au New York City Ballet. La même année, elle travaille pour l'American Ballet Theatre, où elle reprend Miss Julie et crée Lady from the Sea (1960, d'après Ibsen) ainsi que Eden (1961), tout en s'imprégnant de l'esthétique chorégraphique de Martha Graham. Elle devient ensuite artiste résidente au Royal Swedish Ballet, consolidant ainsi sa position dans le paysage chorégraphique européen.
Le Cullberg Ballet et l'héritage artistique
En 1967, Birgit Cullberg fonde le Cullberg Ballet, compagnie dotée de son propre répertoire et associée à une école ainsi qu'à une scène permanente au théâtre dramatique de Stockholm. Elle y développe des oeuvres majeures telles que Bellmann (musique de Beethoven, 1971), Révolte (1973) et Rêves de vie et de mort (1980), qui témoignent d'un engagement artistique à la fois esthétique et social.
Le répertoire de sa compagnie intègre également des oeuvres de grands chorégraphes contemporains, comme La Table verte de Kurt Jooss, Summerspace de Merce Cunningham, La Leçon de Flemming Flindt ou encore La Mer de Tom Schilling, illustrant l'ouverture stylistique de la troupe.
Lorsqu'elle se retire en 1985, son fils Mats Ek, entré dans la compagnie en 1973 puis devenu codirecteur artistique en 1980, lui succède à la direction du Cullberg Ballet. Il poursuit et prolonge l'engagement de sa mère en développant une danse à forte dimension sociale et politique. Ses oeuvres, telles que La Maison de Bernarda (1978, d'après García Lorca) ou Soweto (1977), qui dénonce l'apartheid et voit le retour sur scène de Birgit Cullberg pour un solo particulièrement expressif, s'inscrivent dans la continuité du combat artistique et engagé initié par sa mère dès Eurydice est morte en 1968.