Decouflé, Philippe
Decouflé, Philippe (1961- ), est un danseur, chorégraphe et metteur en scène français, reconnu pour son univers visuel inventif mêlant danse, cirque, théâtre et arts audiovisuels.
Du cirque à la danse
Né à Paris en 1961, Philippe Decouflé grandit avec le désir profond de devenir clown, attiré par le monde du spectacle, du jeu corporel et de la transformation physique. Très tôt, il s'oriente vers les arts du cirque et intègre l'École nationale du cirque, où il développe ses premières compétences acrobatiques et expressives. En parallèle, il suit les cours du mime Marcel Marceau, dont l'enseignement rigoureux du geste, de la précision et de l'expression silencieuse marque durablement son style artistique.
En 1978, il poursuit sa formation au Centre national de danse contemporaine d'Angers, dirigé par Alwin Nikolais, grand maître de la danse expérimentale et des métamorphoses corporelles, mais aussi pionnier de l'utilisation de la vidéo et des technologies dans la scène chorégraphique. Cette influence sera déterminante dans la construction de l'univers de Decouflé. Il complète ensuite sa formation à New York, où il suit les cours de Merce Cunningham, figure majeure de la danse contemporaine, et s'ouvre à une approche plus abstraite et structurale du mouvement. Il s'initie également aux pratiques de la vidéo expérimentale avec des créations comme La Voix des légumes (1982). À cette époque, il danse aussi pour plusieurs chorégraphes contemporains importants, notamment Régine Chopinot (1982-1983) et Karole Armitage, ce qui enrichit encore sa palette artistique.
Decouflé chorégraphe
En 1983, Philippe Decouflé connaît une première reconnaissance importante lorsqu'il est primé au concours chorégraphique de Bagnolet et reçoit également un prix du ministère de la Culture pour sa création Vague Café. Fort de ce succès, il fonde sa propre compagnie, appelée Decouflé et Complices Associés (DCA), qui devient le laboratoire principal de ses expérimentations artistiques.
Il enchaîne rapidement les créations chorégraphiques, développant un langage unique mêlant humour, virtuosité physique et imagination visuelle. Parmi ses oeuvres figurent Tranches de cake (1984), Codex présenté au festival d'Avignon en 1986, Tutti (1987), créé pour le Groupe de recherche chorégraphique de l'Opéra-Comique dirigé par Jacques Garnier, ainsi que Technicolor (1988). Parallèlement, il explore la danse filmée et la publicité, réalisant des spots pour des marques comme Gervais, Dior ou Polaroïd, ce qui contribue à sa notoriété grandissante. Son style devient progressivement identifiable : efficace, rythmé, visuellement marquant et souvent qualifié d'«accrocheur».
Sa carrière prend une dimension internationale lorsqu'on lui confie des projets de grande envergure. En 1989, il crée la Danse des sabots pour le défilé Bleu Blanc Goude, une parade conçue par Jean-Paul Goude célébrant le bicentenaire de la Révolution française. En 1992, il est choisi pour mettre en scène les cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux Olympiques d'hiver d'Albertville, événement mondial qui consacre son talent de metteur en scène total, capable de mêler danse, image et scénographie monumentale.
En 1990, il crée Novembre au musée Grévin, dont est extrait Triton dans sa première version, présentée à Avignon. Ce spectacle connaît une diffusion internationale et fait partie de la tournée « Cargo 92 ». Par la suite, il présente Petites Pièces montées en 1994, puis installe sa compagnie DCA à La Chaufferie, en Seine-Saint-Denis, à partir de 1995. Ce lieu devient un espace de création et d'accueil pour de nombreux artistes contemporains. La même année, il rencontre un important succès avec Denise et Decodex, une oeuvre empreinte de fantaisie, d'humour et de jeux chorégraphiques.
Avec Shazam !, créé en 1998 à La Rochelle, il développe un univers onirique où illusion et réalité se confondent. Il utilise des jeux de miroirs sophistiqués, multipliant les corps, les reflets et les transparences. Les danseurs semblent dialoguer avec leurs doubles, leurs ombres ou des figures déformées, donnant naissance à des créatures hybrides, parfois sans tête ou sans corps identifiable.
En 2000, il propose une nouvelle version de Triton, intitulée Triton 2 ter, qu'il décrit comme une danse inspirée du cercle, du cirque et de souvenirs fragmentés d'enfance, peuplée de chapiteaux étoilés, d'acrobates, de funambules et de figures fantastiques. En janvier 2001, il est invité au palais Garnier avec sa compagnie, où Shazam ! marque symboliquement l'entrée de son univers dans le nouveau millénaire.
Un univers fluide et géométrique
Les créations de Philippe Decouflé s'inspirent de sources très variées : le cirque traditionnel, la bande dessinée, la science-fiction, mais aussi les univers visuels d'Oskar Schlemmer ou des Nicholas Brothers. Il construit ainsi des spectacles immersifs où le spectateur est plongé dans un monde imaginaire, poétique et souvent surréaliste, peuplé de personnages hybrides, mi-acrobates, mi-pantins, aux corps souvent désarticulés mais toujours expressifs.
Ses chorégraphies reposent sur des mouvements fluides, des structures géométriques et une organisation spatiale en constante transformation. L'espace scénique devient un terrain d'expérimentation où les formes se déplacent, se superposent et se transforment en permanence. Il collabore étroitement avec des artistes visuels comme Philippe Guillotel pour les costumes et Jean Rabasse pour les décors, dont les univers graphiques contribuent fortement à l'identité visuelle de ses spectacles.
En parallèle de ses créations scéniques, Philippe Decouflé réalise également plusieurs oeuvres audiovisuelles. Il signe notamment La Voix des légumes, ainsi que les courts métrages Jump (1984), Caramba (1986), Codex (1987), Le P'tit Bal (1993) et Abracadabra (1998). Il conçoit également l'habillage télévisuel de France 2 en 1999, démontrant son intérêt constant pour les formes hybrides entre danse, image et communication visuelle.
Son travail est récompensé par plusieurs distinctions importantes, dont le prix de la danse de la SACD ainsi que le Grand Prix national du ministère de la Culture, confirmant son rôle majeur dans le renouvellement de la scène chorégraphique contemporaine française et internationale.