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fourrure

fourrure, toute peau animale ou partie de la peau comportant des poils, que ce soit à l'état brut ou après traitement. Les peaux des animaux à fourrure sont également appelées pelleteries ou peausseries. L'industrie de la fourrure comprend l'élevage, la capture de certains animaux à fourrure, le traitement de leurs peaux avant la vente aux fourreurs, et la commercialisation des vêtements finis au détail, ainsi que les activités connexes de sélection, de classement et de transformation des matières premières.

Depuis toujours, la fourrure est une marchandise de prix. L'exploration du Nouveau Monde a permis d'avoir plus facilement accès aux fourrures ; dès 1530, des peaux de castors étaient expédiées des colonies vers l'Europe. Aux États-Unis, le castor, capturé par les Indiens d'Amérique, représentait une source importante de troc dans les comptoirs, devenus plus tard des villes comme Chicago, Saint Louis, Saint Paul, Spokane ou Détroit. Ce commerce a joué un rôle majeur dans le développement économique de certaines régions et dans l'expansion des réseaux d'échanges internationaux.

Élevage des animaux à fourrure

L'élevage des animaux à fourrure en captivité a commencé à la fin du XIXe siècle au Canada, sur l'île du Prince-Édouard. En pratiquant un élevage contrôlé, on peut transmettre les caractéristiques de taille, de couleur ou de texture d'un animal à sa progéniture. Ainsi, les éleveurs ont l'habitude d'accoupler différentes variétés d'une même race ou des animaux consanguins, pour produire des animaux à fourrure ayant les caractéristiques désirées. La fourrure du renard argenté, issu du renard roux, fut la première à être produite ainsi.

Actuellement, les visons de mutation, dont la couleur varie du blanc au noir en passant par le bleuté, le bleu lavande et le jaune rosé, chacun portant un nom commercial exotique, sont élevés par milliers. Il en va de même pour le chinchilla, le ragondin et le renard. Les animaux d'élevage fournissent des peaux soignées et d'excellente qualité, sélectionnées selon des critères stricts de densité, de brillance et de régularité du poil.

Les élevages modernes utilisent des méthodes de reproduction contrôlée, des suivis vétérinaires réguliers et des conditions d'alimentation optimisées afin d'améliorer la qualité des fourrures produites. Les installations sont souvent organisées en enclos spécialisés permettant de limiter le stress des animaux et d'assurer une croissance homogène.

Traitement des fourrures

Les fourrures achetées aux enchères doivent être protégées et embellies. Des sociétés de corroyage et de teinture se spécialisent dans certains types de fourrures ; le prix de leurs services varie en fonction de la peau traitée et de la qualité initiale du pelage.

Corroyage

Le corroyage comporte trois étapes : le raclage soigneux des peaux pour enlever la graisse, le lavage, puis le traitement par un ensemble de produits chimiques destinés à assouplir, protéger ou tanner la peau. Les fibres de fourrure - la fourrure courte et duveteuse qui tient chaud à l'animal - et les jarres - les poils plus longs, rudes, et rêches, qui protègent la fibre de fourrure, et sur lesquels l'eau glisse - confèrent aux fourrures leur beauté ; ils reçoivent donc un traitement spécial.

Des passages répétés dans un tonneau de sciure éliminent ce qui reste de graisse et nettoient les fourrures. Enfin, un lissage, un repassage ou une pulvérisation de produit chimique et une insufflation d'air ajoutent de l'éclat à la fourrure finie. Certaines étapes supplémentaires peuvent être ajoutées selon le type de peau et l'usage final du produit, notamment pour les articles de luxe.

Quelques fourrures franchissent des étapes de mise en beauté supplémentaires. Par exemple, le jarre rude du castor et de la loutre d'Alaska est enlevé par éjarrage. La fibre de fourrure restante est alors tondue par des lames circulaires pour obtenir une texture veloutée. On peut également tondre du ragondin, du lapin et du rat musqué pour imiter la loutre.

La jonction, un procédé d'insertion de jarres de blaireau ou de singe, apporte de l'épaisseur et de la beauté à la fourrure, en lui ajoutant des nuances contrastées. Les fourrures qui ont, après lissage, une couleur chaude, sont vendues dans leur état naturel, tandis que d'autres peuvent être teintes ou modifiées pour répondre aux tendances de la mode.

Teinture

Il est possible de changer la couleur des fourrures en les teignant ou en les décolorant, deux opérations chimiques et esthétiques modifiant à la fois l'apparence superficielle et, dans une certaine mesure, la texture des fibres kératiniques. Ces deux procédés ont pour but d'amollir quelque peu les peaux, de les assouplir mécaniquement et chimiquement, et d'oxyder les pigments naturels des fourrures, leur donnant progressivement un aspect rougeâtre, jaunâtre ou parfois plus nuancé, après une exposition prolongée au soleil, à l'air et aux agents réactifs utilisés. Ces transformations peuvent également entraîner une modification lente mais perceptible de leur toucher, de leur densité visuelle et de leur brillance naturelle, selon la nature de la peau traitée et la qualité de son apprêt initial.

La teinture peut être appliquée selon plusieurs techniques industrielles ou artisanales, adaptées à la nature de la fourrure et au résultat recherché. Elle peut se faire dans un bain de couleur complet, au rouleau, à la plume, par pulvérisation, par immersion intégrale ou encore par application locale très ciblée, simplement par petites touches sur les pointes des jarres, afin d'obtenir des effets de nuance, de dégradé ou de profondeur chromatique. Dans certains cas, les fourrures sont même préparées par zones successives pour créer des effets complexes d'ombrage ou de contraste. Quelques fourrures, comme celle du lapin, peuvent être peintes au pochoir afin d'imiter le léopard, le jaguar ou d'autres fourrures tachetées, rayées ou exotiques, ce qui permet de reproduire artificiellement des motifs rares ou recherchés sur le marché.

Pour faire briller les fourrures et améliorer leur aspect visuel, on utilise parfois une teinture fluorescente ou des agents lustrants spécifiques, qui accentuent la réflexion de la lumière et donnent un effet plus éclatant à la surface du pelage. On peut aussi modifier la couleur en appliquant une solution de cuivre ou de sels ferriques, voire des mélanges oxydants plus complexes, dont la composition varie selon les procédés industriels et l'effet recherché par les fourreurs ou les stylistes. Ces traitements peuvent être combinés à des opérations de brossage, de séchage contrôlé ou de lissage afin d'uniformiser le rendu final.

Après traitement, les peaux sont soigneusement rincées, neutralisées lorsque nécessaire, puis séchées dans des conditions contrôlées pour éviter toute déformation. Elles sont ensuite brossées, parfois repassées ou retravaillées mécaniquement afin de redonner du volume et de la souplesse aux fibres. L'ensemble de ces opérations permet de préparer les fourrures à être transformées en vêtements de différentes gammes, allant des pièces utilitaires aux articles de luxe, tout en assurant une qualité esthétique et une stabilité de la coloration dans le temps.

Confection de vêtements de fourrure

Les vêtements de bonne qualité sont tirés des meilleures parties de la peau, sélectionnées avec précision pour leur densité, leur souplesse et leur régularité. Pour les confectionner, on exclut donc le ventre (les flancs), les pattes, et les différentes parties de la tête, qui sont généralement moins homogènes. Par contre, les vêtements les moins chers sont fabriqués à partir de ces déchets ou chutes de découpe, réutilisés après tri et assemblage.

Sur de grandes peaux, comme celles d'agneau, il est possible de découper les pièces du vêtement à même la peau en suivant les zones naturelles du pelage. Les différentes parties du vêtement sont ensuite réunies avec des techniques de couture adaptées aux contraintes du matériau. Toutefois, la plupart des animaux ont des peaux assez petites, et il faut réunir les peaux de plusieurs bêtes pour créer un vêtement complet et homogène.

La méthode peau sur peau, utilisée couramment avec le rat musqué, le petit-gris, le lapin, le jeune agneau et certains chinchillas, consiste à assembler la peau échantillonnée en long avec les autres peaux afin de former des bandes continues. Cette méthode laisse visible une marque droite, en zigzag ou arrondie, sauf dans les fourrures à poil bouclé où les joints sont moins perceptibles. Lorsqu'ils fabriquent des vêtements plus coûteux, les fourreurs reforment les petites peaux pour éliminer ces marques et obtenir une continuité visuelle parfaite.

Ainsi, une peau de vison d'environ 15 cm de large sur 40 cm de long peut mesurer, une fois reformée, environ 5 cm de large et presque 1 m de long, permettant une meilleure utilisation du matériau. Pour terminer, de longues bandes de faible largeur (de 0,16 à 1,25 cm) sont découpées en diagonale sur le côté de la peau, puis réalignées, ajustées et cousues bout à bout pour donner une peau allongée et régulière.

Les piqûres engendrées par les milliers de coutures d'un vêtement compactent la fourrure, la rendent plus riche et douce, et permettent au fourreur de la draper plus facilement. Une fois cousues, les différentes parties de la peau sont humidifiées, clouées dans une forme fixe sur de grandes planches plates et mises à sécher dans des conditions contrôlées. Des milliers de minuscules clous sont utilisés pour aplatir les coutures sur les vêtements reformés et garantir une finition uniforme.

Les différentes parties du vêtement sont ensuite cousues ensemble, des doublures sont ajoutées pour améliorer le confort et l'isolation, et le vêtement est façonné par un tailleur spécialisé dans les matériaux de luxe. Les chutes de fourrure sont assemblées en morceaux appelés « body », puis réutilisées et découpées comme du tissu afin de limiter les pertes de matière.

Elles serviront à confectionner des vêtements vendus moins chers, mais aussi des accessoires et des éléments décoratifs, contribuant ainsi à optimiser l'ensemble de la production.

Débouchés commerciaux de la fourrure

Les principaux pays producteurs de fourrure sont les États-Unis, l'ex-URSS, les pays scandinaves et le Canada. En Amérique du Nord, les trappeurs et les éleveurs d'animaux à fourrure subissent une pression de plus en plus importante de la part de leurs concurrents étrangers et des fluctuations du marché international.

À la fin des années 1980, les pays scandinaves produisaient plus de 45 p. 100 du marché mondial de la pelleterie, l'ex-URSS, 31 p. 100, les États-Unis, 10 p. 100 et le Canada seulement 3 p. 100. Aux États-Unis, le chiffre d'affaires annuel du commerce de détail de la fourrure est passé de moins de 400 millions de dollars au début des années 1970, à 1,5 milliard de dollars au milieu des années 1980, puis a stagné entre 1,8 et 2 milliards de dollars, en fonction des tendances de la mode et de la conjoncture économique.

L'industrie de la fourrure a souffert des protestations émanant des défenseurs des droits des animaux et du succès croissant de la fourrure synthétique, qui imite de mieux en mieux les textures naturelles tout en réduisant les coûts de production.

Les trappeurs envoient les peaux à des comptoirs régionaux ou à des revendeurs qui les expédient à des bureaux de réception, où elles sont apprêtées pour la vente aux enchères après tri et classement rigoureux.

Les fourrures de meilleure qualité sont celles des animaux capturés pendant la saison la plus froide ; elles constituent les articles de premier choix, car le pelage est alors le plus dense et le plus brillant. Les fourrures de moindre qualité sont qualifiées d'articles de deuxième, troisième ou quatrième choix selon leur état.

Les peaux provenant d'un élevage sont souvent apportées dans des centres de tri ; l'éleveur fait généralement partie d'une coopérative agricole, comme la Great Lakes Mink Association ou la Mutation Mink Breeders Association, dont les représentants supervisent l'assemblage, la classification et la vente des peaux.

Dans les ventes aux enchères, les fourrures, regroupées par couleur, taille, qualité et origine, sont vendues au plus offrant ; toutes les ventes se font au comptant, dans un cadre réglementé et concurrentiel.

Quelques fourrures sont vendues par l'intermédiaire de sociétés de courtage spécialisées. Les revendeurs et les fabricants de fourrure achètent aux enchères ou par l'intermédiaire de courtiers afin d'alimenter la production industrielle et artisanale.

L'affacturage, qui remonte à 1935, est une méthode de financement des revendeurs, des courtiers et des fabricants, permettant de sécuriser les transactions et de stabiliser le marché.

Les intermédiaires prélèvent une commission en échange de leurs services, assurant la logistique, le stockage et parfois la transformation des peaux avant leur distribution finale.

Qualification des fourrures

Après traitement, teinture, tonte et façonnage, les fourrures sont souvent difficiles à reconnaître, car leurs caractéristiques naturelles peuvent être fortement modifiées. La législation de nombreux pays protège aujourd'hui les vendeurs et les consommateurs contre les falsifications et les fraudes, notamment dans les circuits commerciaux internationaux.

Ainsi, la facturation, la publicité, l'étiquetage et la vente des fourrures sont strictement réglementés. Les chutes de fourrure et les articles d'occasion doivent être étiquetés avec précision pour éviter toute confusion.

Toute opération de teinture ou de changement de couleur susceptible d'avoir affecté l'aspect de la fourrure doit être mentionnée clairement afin d'assurer la transparence commerciale. Si les fourrures sont de deuxième choix, cela doit être indiqué sur l'étiquette de manière visible.

Enfin, le pays d'origine doit être indiqué sur les fourrures afin de garantir la traçabilité et de respecter les accords commerciaux internationaux.

Protection des espèces menacées

De nombreuses associations se sont créées pour protéger certaines espèces animales menacées par l'industrie de la fourrure, en sensibilisant le public et en influençant les réglementations internationales.

Ainsi, les efforts faits par des organismes comme le World Wild Fund (Fonds mondial pour la nature), les Friends of Animals (Les Amis des animaux) et le Fur Conservation Institute of America (Institut américain pour la protection des animaux à fourrure) ont abouti à la signature de la convention de Washington en 1973 : les pays concernés n'ont plus le droit d'importer de peaux de félins tachetés.

La convention précise que toute espèce susceptible de disparaître dans un proche avenir est une espèce menacée. Elle s'applique à certains phoques, à de nombreux félins, loutres, blaireaux, kangourous, singes Colobus, à certains lapins, au chinchilla sauvage, à des écureuils et à des loups.

En France, une charte de la fourrure a été signée le 4 novembre 1976 par la Fédération nationale de la fourrure pour appliquer la convention américaine. Ainsi, la fourrure véritable est depuis protégée par la Chambre syndicale de la pelleterie : les fourrures synthétiques, à base de polyamide ou d'acrylique (voir Plastiques, matières), remplacent maintenant progressivement les peaux d'animaux traitées dans de nombreux usages industriels et commerciaux.



Dernière mise à jour : Samedi, le 14 avril 2026