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Carnac

Les célèbres rangées de pierres monumentales de Carnac, situées en Bretagne, dans l'ouest de la France, constituent l'un des très rares sites archéologiques préhistoriques à avoir acquis une renommée véritablement internationale. Ce lieu exceptionnel a fait l'objet de recherches approfondies et continues, aussi bien de la part des archéologues spécialisés dans les sociétés anciennes que des archéoastronomes, s'intéressant aux relations possibles entre ces monuments et les phénomènes célestes. En raison de son ampleur, de son ancienneté et de sa complexité, le site de Carnac occupe une place centrale dans l'étude du mégalithisme européen.

Les alignements de pierres comprennent plus de 3 000 menhirs distincts, érigés individuellement, dont les plus anciens remontent à la fin du Mésolithique, période correspondant au milieu de l'âge de pierre, vers 4500 avant J.-C. Ces ensembles monumentaux s'étendent sur trois grandes bandes principales, qui partent du nord de la ville actuelle de Carnac et se prolongent vers le nord-est jusqu'au village de Kerlescan. À première vue, les menhirs semblent disposés en longues lignes droites et parallèles, suggérant une organisation rigoureuse. Toutefois, une observation plus attentive révèle que ces rangées suivent en réalité des courbes irrégulières, apparemment tracées sans régularité stricte, ce qui va à l'encontre d'une interprétation fondée uniquement sur des alignements astronomiques précis. Néanmoins, une possible symbolique solaire est évoquée par le fait que les menhirs les plus imposants des trois groupes se situent à l'extrémité occidentale de chacun d'eux.

Outre ces alignements spectaculaires, de nombreux autres monuments mégalithiques ont été édifiés dans la région de Carnac, notamment des tombes et des structures funéraires, dont certaines semblent intégrer des éléments ou des orientations à caractère astronomique. Parmi celles-ci figure le tumulus de Saint-Michel, un imposant monument funéraire d'environ 120 mètres de long, soit près de 395 pieds, orienté selon un axe est-ouest en direction du soleil levant. À l'extrémité orientale de ce tumulus s'élève une chapelle chrétienne construite en 1663, laquelle paraît elle aussi alignée sur le lever du soleil. Cette orientation est-ouest est d'ailleurs fréquente dans l'architecture chrétienne, ce qui suggère une continuité symbolique dans l'usage du site. Par ailleurs, les habitants de Carnac avaient pour coutume d'allumer un feu de joie au sommet de ce tumulus à chaque solstice d'été, une tradition rituelle s'étant maintenue jusqu'au XIXe siècle.

La tombe à couloir de Kercado, quant à elle, est moins immédiatement visible, car elle est située à l'écart, dissimulée dans un espace aujourd'hui boisé, sur la partie la plus élevée du territoire communal. Ce tumulus circulaire mesure environ 25 mètres de diamètre et atteint une hauteur de 5 mètres, soit environ 82 pieds sur 16 pieds. Il est partiellement entouré par les vestiges d'un cromlech, c'est-à-dire un cercle de pierres, dont il ne subsiste que des traces fragmentaires, témoignant de l'ampleur originelle du monument.

L'entrée de cette tombe est précisément orientée vers le lever du soleil en hiver, de sorte que la lumière solaire pénètre directement dans le couloir funéraire, long d'environ 6,5 mètres, soit 21 pieds. La dalle de couverture, qui constitue la pierre de couronnement du monument, est décorée d'une gravure représentant une tête de hache. De plus, des objets tels que des têtes de hache supplémentaires, des pointes de flèches et des fragments de poterie ont été découverts dans la chambre funéraire située au fond du passage. L'ensemble de ces éléments indique clairement qu'il s'agissait d'une tombe réservée à un individu ou à un groupe de statut social élevé. On estime que cette sépulture remonte à environ 4800 avant J.-C., ce qui en fait la plus ancienne construction de pierre encore debout sur le continent européen.

Un géant vaincu est enterré

Trois tombes à salles, situées à environ 10 kilomètres, soit près de 6 miles, à l'est de Carnac, présentent une caractéristique remarquable qu'elles ont en commun. Dans chacune de ces structures funéraires, les dalles de toiture intègrent un fragment provenant d'une pierre dressée monumentale, laquelle pourrait avoir fait partie des menhirs qui se dressaient autrefois à proximité immédiate du Grand menhir brisé de Locmariaquer. Cette pierre, aujourd'hui tombée, fracturée puis réutilisée dans un nouveau contexte architectural, porte des gravures très reconnaissables. Parmi ces motifs gravés figurent une représentation de hache ainsi qu'un motif interprété comme une charrue tirée par un bouf, symboles forts et distinctifs de l'univers matériel et symbolique des sociétés néolithiques.

Les trois fragments provenant de cette pierre monumentale s'assemblent de manière parfaitement cohérente, ce qui permet de reconstituer avec précision la taille originelle du menhir. Les chercheurs estiment ainsi que la pierre se serait dressée à une hauteur d'environ 13 mètres, soit 43 pieds, une dimension exceptionnelle selon les standards habituels du mégalithisme. Bien qu'imposant et qualifiable de géant à l'échelle normale, ce menhir aurait néanmoins paru relativement modeste lorsqu'il se dressait aux côtés du Grand menhir brisé, dont la taille dépassait encore largement celle de cette pierre.

L'un des fragments a été réemployé dans la construction de la tombe circulaire connue sous le nom de la Table des Marchands, un monument funéraire qui aurait autrefois été dominé et en partie éclipsé par la présence visuelle de ces grands menhirs voisins. L'entrée de cette tombe ainsi que son couloir sont soigneusement orientés de manière à permettre à la lumière du soleil levant de pénétrer à l'intérieur lors du solstice d'été, ce qui témoigne d'une intention symbolique ou rituelle clairement affirmée. Faisant également partie de cet ensemble monumental étroitement lié à Locmariaquer, la tombe d'Er Grah constitue un impressionnant tumulus funéraire d'environ 16 mètres de long, soit près de 52,5 pieds. Cette structure semble, elle aussi, avoir été délibérément alignée directement sur le Grand menhir brisé, renforçant ainsi le lien spatial et symbolique entre ces différents monuments.

Le troisième fragment de la pierre monumentale effondrée se trouve à une distance d'environ 2 kilomètres, soit approximativement 1,25 mile, sur l'île de Gavrinis. À cet endroit, la tombe dans laquelle le fragment a été intégré paraît avoir été orientée de façon précise vers le soleil peu de temps après son lever lors du solstice d'hiver. Cette orientation saisonnière, associée à celles observées sur les autres monuments, suggère une cohérence dans les pratiques architecturales et symboliques, reliant entre eux ces sites funéraires par des références communes au cycle solaire.



Dernière mise à jour : Dimanche, le 7 décembre 2025