Xochicalco
Site inscrit aujourd'hui au patrimoine mondial de l'UNESCO, le vaste centre cérémoniel et rituel de Xochicalco remonte approximativement à l'an 800 après J.-C.. Situé à environ 70 kilomètres au sud de Mexico, il occupe une position stratégique sur une hauteur naturelle. L'un des éléments les plus fascinants de ce complexe est l'existence d'une caverne naturelle, probablement considérée comme un espace sacré, qui fut ensuite étendue artificiellement jusqu'à atteindre près de 20 mètres de longueur et environ 12 mètres de largeur (environ 65 à 40 pieds). À partir de cette cavité souterraine, les anciens bâtisseurs creusèrent également un puits vertical, long d'environ 5 mètres et large d'à peine 0,4 mètre (soit environ 16 pieds par 16 pouces), conçu de manière à permettre qu'à certains moments très précis de l'année, lorsque le soleil franchissait exactement la verticale à midi, un rayon lumineux extrêmement intense pénètre profondément dans l'obscurité de la grotte.
Sous les latitudes tropicales, un phénomène remarquable se produit : le soleil atteint le zénith - c'est-à-dire qu'il se trouve exactement au-dessus de la tête - deux fois par an. Ces dates varient en fonction de la distance du lieu par rapport à l'équateur, là où le passage au zénith a lieu aux équinoxes. En revanche, dans les zones situées strictement sur les tropiques du Cancer et du Capricorne, le passage au zénith coïncide avec le solstice d'été, et ne survient donc qu'une seule fois par an. Les structures comme celle de Xochicalco sont appelées « tubes zénithaux » parce qu'elles sont aménagées pour être alignées verticalement vers le point le plus haut du ciel, le zénith. Ces ingénieux dispositifs ne servaient pas uniquement à marquer le retour du soleil : ils pouvaient également permettre l'observation nocturne du zénith, et donc offrir un moyen d'étudier la position des étoiles ou même de suivre certains cycles de la Lune.
Comme cela a déjà été expliqué, le tzolk'in - le calendrier rituel mésoaméricain - comptait 260 jours, soit une valeur remarquablement proche de la durée de la gestation humaine, ce qui contribuait à sa profonde signification symbolique. À Xochicalco, le soleil passe exactement au zénith à midi le 15 mai, puis une seconde fois le 29 juillet. À ces deux moments exacts, un cercle lumineux parfaitement net apparaît dans le fond de la caverne, projeté par le puits vertical. Durant les jours qui précèdent et suivent ces deux dates, la lumière, bien que moins intense ou moins centrée, parvient tout de même à pénétrer jusqu'au coeur de la grotte, créant un phénomène progressif annonçant ou prolonge le passage du zénith.
Le sommet du tube zénithal est entouré de pierres soigneusement disposées, donnant à l'ouverture une forme heptagonale particulièrement reconnaissable. Il est possible que ces pierres aient été délibérément ajustées ou déplacées afin de moduler la quantité de lumière entrant dans la cavité, permettant ainsi une utilisation rituelle extrêmement précise et contrôlée. Les premiers et derniers jours de l'année au cours desquels un rayon solaire atteignait l'intérieur de la caverne s'étendent sur une période totale de 52 jours centrée autour du solstice de juin. Ainsi, pendant les 260 jours restants, correspondant exactement à la durée symbolique du cycle gestationnel humain, la caverne demeurait totalement dépourvue de lumière, tout comme un fotus reste plongé dans l'obscurité du sein maternel. Cette correspondance n'est probablement pas due au hasard et renforce l'interprétation d'un profond symbolisme cosmologique et biologique.
Monte Albán
L'observatoire de Monte Albán, l'un des sites archéologiques les plus emblématiques de la Mésoamérique, présente une orientation soigneusement calculée, révélatrice de connaissances astronomiques avancées. Il est agencé de telle manière qu'une ligne imaginaire, tirée depuis l'extrémité pointue de sa structure principale, traverse exactement le centre de son mur opposé, puis se prolonge jusqu'à atteindre l'escalier du Bâtiment P. Cette ligne ne s'arrêtait pas à cet escalier : elle continuait encore en direction du tube zénithal installé à cet emplacement, puis se projetait au-delà, s'alignant enfin sur le lever héliaque de l'étoile Capella. Cet alignement céleste précis servait à indiquer la date du passage du Soleil au zénith, un événement très important dans les calendriers rituels et agricoles mésoaméricains.
L'ouverture du tube zénithal se situe environ à mi-parcours de l'escalier du Bâtiment P. De cet orifice, le tube descend abruptement d'environ 1,5 mètre (soit 5 pieds) pour déboucher dans un compartiment fermé, une petite pièce conçue pour capter et concentrer la lumière. Lors des deux journées exactes où le Soleil passe à la verticale parfaite du lieu, un rayon de lumière solaire circulaire venait illuminer l'intérieur de cette chambre. La précision géométrique du tube permettait de marquer ces deux dates avec une exactitude remarquable, créant un phénomène lumineux spectaculaire qui devait avoir une forte signification rituelle.
Contrairement au tube zénithal de Xochicalco, où la lumière du soleil ne pénétrait pleinement qu'à l'approche des passages au zénith, celui de Monte Albán laisse entrer la lumière directe et complète pendant une période beaucoup plus longue. En effet, le compartiment était éclairé pendant environ 65 jours avant et après le solstice de juin, soit un intervalle total de 130 jours durant lesquels le rayon solaire atteignait pleinement l'intérieur de la pièce. La portée symbolique ou astronomique exacte de cet vaste intervalle temporelle demeure toutefois incertaine, et les spécialistes n'ont pas encore établi une interprétation définitive.
Cependant, un élément intrigue : le nombre 65 correspond rigoureusement à cinq cycles de 13 jours, ce qui évoque une structure importante du calendrier rituel mésoaméricain, dans lequel le chiffre 13 joue un rôle fondamental. Ce total représente un cycle complet de plus que les quatre cycles de 13 jours observés à Xochicalco, ce qui pourrait indiquer une intention délibérée, un code symbolique ou une fonction rituelle particulière. Néanmoins, l'explication exacte de cette correspondance numérique attend toujours une interprétation pleinement satisfaisante et reste un sujet d'étude actif pour les chercheurs.