Le Big Bang
Le Big Bang est le nom donné au modèle cosmologique décrivant l'évolution de l'Univers à partir d'un état extrêmement chaud et dense, il y a environ 13,8 milliards d'années. Contrairement à une représentation courante, le Big Bang ne doit pas être imaginé comme une explosion de matière se produisant en un point particulier à l'intérieur d'un espace déjà existant. Il correspond plutôt à une phase très ancienne durant laquelle l'Univers lui-même était beaucoup plus chaud, plus dense et où les distances entre les régions de l'espace étaient beaucoup plus petites qu'aujourd'hui. L'expansion cosmique signifie que les distances à grande échelle entre les galaxies non liées gravitationnellement augmentent avec le temps. En remontant mathématiquement cette expansion, les modèles fondés sur la relativité générale conduisent vers des conditions de plus en plus chaudes et denses. Les théories physiques actuelles permettent de décrire une grande partie de cette évolution, mais deviennent insuffisantes lorsqu'on tente de remonter jusqu'aux toutes premières fractions de seconde. Le Big Bang constitue donc avant tout un modèle de l'évolution primitive de l'Univers et ne fournit pas, à lui seul, une explication certaine de son origine absolue ni de ce qui aurait éventuellement précédé les premières phases accessibles à la physique.
Dans les premiers instants décrits par la cosmologie moderne, l'Univers possédait une température et une densité extrêmement élevées, très différentes des conditions observées aujourd'hui. Lorsque l'on remonte suffisamment loin dans le temps, les interactions entre les particules atteignent des énergies si importantes que les descriptions ordinaires de la matière deviennent inadaptées. La physique actuelle distingue plusieurs époques théoriques correspondant aux changements de température et aux différentes interactions fondamentales. La période la plus ancienne, parfois appelée ère de Planck, se situerait avant environ 10-43 seconde, mais aucune théorie expérimentale complète de la gravitation quantique ne permet actuellement de la décrire avec certitude. Après cette période hypothétique, l'expansion et le refroidissement de l'Univers auraient permis aux différentes interactions physiques et aux particules élémentaires d'acquérir progressivement les propriétés que nous leur connaissons. Les quarks, les leptons, les photons et d'autres particules formaient alors un milieu extrêmement énergétique dans lequel les collisions étaient continuelles. À mesure que la température diminuait, certaines particules purent s'associer et produire notamment des protons et des neutrons. Ces transformations constituent les premières étapes ayant finalement conduit à la matière qui compose les étoiles, les planètes et les galaxies.
Une phase d'inflation cosmique est fréquemment proposée pour expliquer certaines propriétés remarquables de l'Univers observable, bien qu'elle constitue une extension du scénario du Big Bang plutôt que le Big Bang lui-même. Selon cette hypothèse, l'Univers primordial aurait connu pendant une durée extrêmement courte une expansion accélérée gigantesque, augmentant considérablement les distances entre différentes régions. L'inflation permet notamment d'expliquer pourquoi le fond diffus cosmologique possède une température presque identique dans des régions du ciel qui auraient autrement eu des difficultés à échanger de l'information avant l'émission de ce rayonnement. Elle fournit également un mécanisme permettant d'expliquer pourquoi la géométrie spatiale de l'Univers observable apparaît très proche d'une géométrie plate. De minuscules fluctuations quantiques présentes durant cette période auraient été étirées jusqu'à des dimensions cosmologiques et auraient constitué les germes des futures variations de densité. Sous l'action de la gravitation, ces variations auraient ensuite évolué pour produire les galaxies, les amas et les filaments observés aujourd'hui. Plusieurs observations sont compatibles avec certaines prédictions générales de l'inflation, mais le mécanisme physique précis qui l'aurait provoquée n'a pas encore été établi. Différents modèles d'inflation restent donc étudiés afin de déterminer lequel, s'il y en a un, correspond réellement aux conditions de l'Univers primordial.
Quelques minutes après le début de l'expansion chaude, l'Univers s'était suffisamment refroidi pour permettre la nucléosynthèse primordiale. Durant cette période relativement courte, les protons et les neutrons purent s'assembler pour former les premiers noyaux atomiques légers. La majorité des protons demeurèrent sous la forme de noyaux d'hydrogène, tandis qu'une partie participa à la formation de noyaux d'hélium. De petites quantités de deutérium, d'hélium-3 et de lithium furent également produites. Les éléments plus lourds, comme le carbone, l'oxygène et le fer, ne furent pas fabriqués en quantités importantes lors de cette phase, car les conditions nécessaires disparurent rapidement avec l'expansion et le refroidissement. Ces éléments furent produits beaucoup plus tard à l'intérieur des étoiles ou lors de différents événements stellaires violents. Les proportions prédites des éléments légers dépendent notamment de la densité de matière baryonique présente dans l'Univers primordial. La comparaison entre ces prédictions et les abondances observées constitue aujourd'hui l'une des preuves importantes soutenant le modèle cosmologique du Big Bang chaud.
Pendant plusieurs centaines de milliers d'années, l'Univers demeura suffisamment chaud pour que la matière soit essentiellement sous forme de plasma ionisé, composé notamment de noyaux atomiques, d'électrons et de photons. Les photons interagissaient continuellement avec les particules chargées, ce qui rendait l'Univers opaque au rayonnement électromagnétique sur de grandes distances. Environ 380 000 ans après le Big Bang, la température était devenue suffisamment basse pour que les électrons puissent rester liés aux noyaux et former principalement des atomes neutres d'hydrogène et d'hélium. Cette étape est appelée recombinaison, même si les électrons et les noyaux se combinaient alors durablement pour la première fois. Les photons purent dès lors se déplacer beaucoup plus librement dans l'espace, produisant le rayonnement que nous observons aujourd'hui sous la forme du fond diffus cosmologique, ou CMB. L'expansion de l'Univers a depuis considérablement augmenté la longueur d'onde de ces photons, de sorte que ce rayonnement est maintenant principalement détecté dans le domaine des micro-ondes à une température moyenne d'environ 2,725 kelvins. Les minuscules variations de température observées dans ce rayonnement représentent les traces des faibles différences de densité présentes dans l'Univers primordial et constituent une source essentielle d'information sur les paramètres cosmologiques.
Après la recombinaison commença une longue période durant laquelle les premières étoiles n'existaient pas encore, souvent appelée les âges sombres cosmiques. La matière n'était cependant pas distribuée de manière parfaitement uniforme : de petites différences de densité existaient déjà et furent progressivement amplifiées par la gravitation. Dans les régions légèrement plus denses, la matière fut attirée plus efficacement, produisant des concentrations de plus en plus importantes. La matière noire aurait joué un rôle majeur dans ce processus en formant des structures gravitationnelles dans lesquelles le gaz ordinaire pouvait s'accumuler. Après quelques centaines de millions d'années, certaines concentrations de gaz devinrent suffisamment denses pour permettre la formation des premières générations d'étoiles. Leur rayonnement transforma progressivement le milieu intergalactique durant une période appelée la réionisation. Les étoiles se regroupèrent ensuite au sein des premières galaxies, tandis que les galaxies elles-mêmes formèrent progressivement des groupes, des amas et d'immenses filaments. Après des milliards d'années d'évolution gravitationnelle, cette croissance donna naissance à la structure à grande échelle de l'Univers, appelée toile cosmique, un immense réseau de filaments de matière reliant les groupes et les amas de galaxies et séparé par de vastes régions relativement vides.
Le modèle du Big Bang est soutenu par plusieurs observations indépendantes, mais il continue également de soulever d'importantes questions scientifiques. L'expansion de l'Univers, mise en évidence par la relation entre la distance des galaxies et leur décalage spectral vers le rouge, constitue l'un des fondements observationnels de la cosmologie moderne. Le fond diffus cosmologique, découvert en 1965, fournit une image particulièrement précise de l'Univers lorsqu'il n'avait qu'environ 380 000 ans. Les abondances observées de plusieurs éléments légers correspondent également, avec une grande précision générale, aux calculs de la nucléosynthèse primordiale. La distribution des galaxies et des grandes structures apporte une autre série de tests permettant de confronter les modèles à l'Univers observable. Toutefois, le Big Bang ne résout pas toutes les questions : la nature de la matière noire et de l'énergie sombre reste inconnue, le mécanisme exact de l'inflation demeure incertain et nos théories ne décrivent pas de manière fiable l'éventuel état initial à des énergies extrêmes. La cosmologie moderne considère donc le Big Bang chaud comme une description remarquablement efficace de l'évolution connue de l'Univers primordial, tout en poursuivant la recherche d'une théorie plus fondamentale capable d'expliquer ses toutes premières conditions.