Le Big Bounce (Grand Rebond)
Le Big Bounce, généralement traduit en français par Grand Rebond, désigne une famille de modèles cosmologiques selon lesquels la phase d'expansion de l'Univers aurait été précédée par une phase de contraction. Dans ces scénarios, l'Univers ne commencerait donc pas nécessairement par une singularité initiale correspondant à une densité et une courbure infinies, comme peut le suggérer une extrapolation classique de certaines solutions de la relativité générale. Un Univers antérieur se serait contracté jusqu'à atteindre un état extrêmement dense avant qu'un mécanisme physique encore hypothétique ne provoque un rebond et le passage à une nouvelle phase d'expansion. L'Univers chaud et dense décrit par le modèle du Big Bang correspondrait alors à l'évolution suivant ce rebond plutôt qu'à un commencement absolu de l'espace et du temps. Il est important de préciser que le Big Bounce n'est pas une théorie unique possédant un mécanisme universellement accepté, mais une idée générale apparaissant dans plusieurs modèles cosmologiques différents. Certains utilisent des effets de gravitation quantique, tandis que d'autres font intervenir des champs particuliers, des modifications de la gravitation ou des propriétés inhabituelles de la matière. Aucun Grand Rebond n'a jusqu'à présent été confirmé par les observations, de sorte qu'il demeure une possibilité théorique étudiée pour comprendre les conditions les plus extrêmes de l'Univers primordial.
L'une des principales motivations du Big Bounce concerne le problème de la singularité cosmologique. Lorsque les équations classiques de la relativité générale sont utilisées pour extrapoler l'expansion cosmique vers des époques toujours plus anciennes, certaines solutions conduisent à un état dans lequel la densité, la température et la courbure de l'espace-temps deviennent arbitrairement grandes. Une telle singularité est généralement interprétée comme indiquant que la description classique utilisée a atteint sa limite plutôt que comme une description physique complète d'un véritable point de densité infinie. Aux densités extrêmement élevées attendues dans l'Univers primordial, les effets de la physique quantique devraient devenir importants, alors que la relativité générale est une théorie classique de la gravitation. Les physiciens recherchent donc une théorie de gravitation quantique capable de décrire correctement l'espace-temps dans ces conditions extrêmes. Certains modèles issus de ces recherches produisent naturellement un mécanisme empêchant l'Univers d'atteindre une singularité classique. La contraction peut alors être arrêtée à une densité très élevée mais finie, avant de se transformer en expansion. Dans ce contexte, le Grand Rebond représente une tentative de remplacer la singularité initiale par une transition physique susceptible, en principe, d'être décrite par des lois plus fondamentales.
Un exemple important de cette idée apparaît dans certaines applications cosmologiques de la gravitation quantique à boucles, généralement regroupées sous le nom de Loop Quantum Cosmology. Cette approche applique à des modèles simplifiés de l'Univers certaines méthodes développées dans le cadre de la gravitation quantique à boucles. À proximité des densités extrêmes, les corrections quantiques peuvent modifier les équations décrivant l'évolution cosmologique et produire un comportement différent de celui prédit par la relativité générale classique. Dans certains de ces modèles, les effets quantiques deviennent suffisamment importants pour empêcher la densité d'augmenter indéfiniment pendant la contraction. L'Univers atteint alors une densité maximale finie avant de passer d'une phase contractante à une phase d'expansion, réalisant mathématiquement un rebond cosmique. Cette possibilité est particulièrement intéressante parce qu'elle fournit un exemple précis de mécanisme susceptible de supprimer la singularité classique. Elle ne signifie toutefois pas que la gravitation quantique à boucles, ni le rebond qu'elle peut produire dans certains modèles, a été confirmée expérimentalement. La description des toutes premières phases de l'Univers demeure donc un domaine dans lequel les modèles mathématiques sont nombreux alors que les contraintes observationnelles directes restent difficiles à obtenir.
Le Grand Rebond apparaît également dans certains modèles ekpyrotiques et cycliques, mais le mécanisme envisagé peut être très différent de celui de la cosmologie quantique à boucles. Dans un scénario ekpyrotique, l'Univers traverse une phase de contraction très lente possédant des propriétés particulières avant d'atteindre une transition vers une phase d'expansion chaude. Cette contraction peut contribuer à rendre l'Univers très homogène et très plat avant le rebond, fonctions qui sont souvent associées à l'inflation cosmique dans les scénarios conventionnels de l'Univers primordial. Certains modèles étendent cette idée en proposant une succession de phases d'expansion et de contraction, donnant naissance à une cosmologie cyclique. Chaque cycle pourrait alors comporter une période d'expansion, une évolution à très long terme, une contraction et un nouveau rebond. Il faut toutefois distinguer le concept général de Big Bounce d'un Univers nécessairement cyclique : un rebond unique peut être envisagé sans supposer que le processus se répète éternellement. De même, tous les modèles cycliques ne décrivent pas nécessairement leur transition entre cycles par le même mécanisme physique. Ces différentes possibilités illustrent pourquoi le terme Grand Rebond désigne davantage une famille de scénarios qu'une théorie cosmologique unique.
Une question fondamentale consiste à déterminer si une phase précédant le rebond pourrait laisser des traces observables dans l'Univers actuel. Si des fluctuations de densité ou des perturbations de l'espace-temps existaient pendant la contraction, certaines pourraient théoriquement traverser le rebond et influencer les conditions initiales de la phase d'expansion. Elles pourraient alors laisser des signatures particulières dans le fond diffus cosmologique, dans la distribution des grandes structures ou dans un éventuel fond primordial d'ondes gravitationnelles. Les chercheurs calculent donc les prédictions de différents modèles de rebond afin de déterminer s'ils peuvent être distingués des scénarios comportant une phase d'inflation cosmique. Cette comparaison est difficile, car plusieurs modèles possèdent des paramètres permettant de produire des prédictions proches de celles déjà compatibles avec les observations. Le passage des perturbations à travers un rebond constitue également un problème théorique délicat et dépend fortement du mécanisme physique choisi pour produire celui-ci. Les observations cosmologiques extrêmement précises peuvent néanmoins éliminer certains modèles lorsque leurs prédictions sont incompatibles avec les propriétés mesurées de l'Univers. La recherche d'une signature propre au Grand Rebond représente ainsi l'une des principales voies permettant de transformer cette hypothèse théorique en une proposition pouvant être confrontée plus directement aux observations.
Le Big Bounce rencontre également plusieurs difficultés théoriques qui doivent être résolues avant qu'un scénario particulier puisse constituer une alternative complète à la description conventionnelle de l'Univers primordial. Il faut notamment expliquer précisément quel mécanisme arrête la contraction et déclenche l'expansion sans introduire d'instabilités physiques incompatibles avec les observations. Les modèles doivent également reproduire l'extrême homogénéité de l'Univers observable tout en générant les petites fluctuations de densité nécessaires à la formation ultérieure des galaxies et des amas. Dans certains scénarios, la croissance des anisotropies pendant une phase de contraction peut devenir problématique et doit être contrôlée par des mécanismes particuliers. La question de l'entropie est également importante pour les modèles cycliques, puisqu'il faut expliquer comment les propriétés thermodynamiques évoluent d'un cycle cosmique au suivant. Un modèle de rebond doit en outre conduire, après la transition, à un Univers chaud compatible avec la nucléosynthèse primordiale, le fond diffus cosmologique et l'ensemble des observations ultérieures. Ces nombreuses contraintes signifient qu'il ne suffit pas d'éliminer mathématiquement une singularité pour obtenir automatiquement un modèle cosmologique réaliste. Les différents scénarios de Grand Rebond sont donc évalués en fonction de leur cohérence théorique aussi bien que de leur capacité à reproduire les données cosmologiques.
Le Big Bounce constitue finalement une possibilité fascinante pour étudier la question de ce qui pourrait avoir précédé la phase chaude et dense traditionnellement associée au Big Bang. Il ne remet pas nécessairement en cause les observations montrant que l'Univers primitif était extrêmement chaud et dense, mais propose une histoire supplémentaire située avant cette phase. Dans un tel scénario, demander ce qui existait « avant le Big Bang » pourrait acquérir un sens physique, puisqu'une phase cosmique antérieure aurait précédé l'expansion actuelle. Toutefois, aucune observation ne démontre actuellement qu'un tel Univers contractant ait réellement existé ni qu'un rebond cosmique se soit produit. Le modèle ΛCDM décrit avec succès une grande partie de l'évolution observée de l'Univers, tandis que les mécanismes concernant ses toutes premières fractions de seconde restent beaucoup moins établis et nécessitent probablement une meilleure compréhension de la gravitation quantique. Les recherches sur le fond diffus cosmologique, les ondes gravitationnelles primordiales et les théories quantiques de la gravitation pourraient éventuellement fournir de nouvelles contraintes sur ces scénarios. Le Grand Rebond demeure donc principalement un domaine de recherche théorique permettant d'explorer des solutions possibles au problème de la singularité et à l'origine des conditions initiales de l'Univers. Son étude illustre plus largement les efforts de la cosmologie moderne pour comprendre non seulement comment l'Univers a évolué depuis sa phase chaude primitive, mais également si une histoire physique plus ancienne peut être décrite et, éventuellement, observée.