Le destin de l'Univers
Le destin de l'Univers désigne l'évolution à très long terme du cosmos et cherche à déterminer ce que deviendront les galaxies, les étoiles, la matière et l'expansion cosmique au cours des milliards, voire des durées immensément plus longues, à venir. Cette question dépend principalement des propriétés physiques de l'Univers, notamment de sa densité de matière, de son taux d'expansion et surtout de la nature de l'énergie sombre. Les observations cosmologiques indiquent actuellement que l'Univers est en expansion et que cette expansion connaît une accélération à l'époque cosmique récente. Dans le modèle cosmologique standard ΛCDM, cette accélération est attribuée à une constante cosmologique, représentée par la lettre grecque Λ, dont la densité d'énergie demeure constante lorsque l'espace se dilate. Si cette description reste valable indéfiniment, l'expansion devrait se poursuivre sans s'inverser et les grandes structures suffisamment éloignées les unes des autres devraient continuer à se séparer. Toutefois, la physique de l'énergie sombre n'est pas encore comprise de manière fondamentale et son comportement sur des durées extrêmement longues ne peut pas être directement observé aujourd'hui. Plusieurs scénarios ont donc été étudiés afin de décrire les différents destins possibles de l'Univers en fonction de l'évolution future de ses composantes.
Le scénario généralement associé au modèle ΛCDM actuel est celui d'une expansion éternelle conduisant à une mort thermique, parfois appelée Big Freeze ou «grand refroidissement». Si l'énergie sombre reste assimilable à une constante cosmologique, les distances entre les grandes structures qui ne sont pas gravitationnellement liées continueront à augmenter de plus en plus rapidement. Les galaxies suffisamment éloignées finiront par s'éloigner au point que leur lumière émise dans le futur ne pourra plus atteindre notre région de l'Univers. Les systèmes liés par la gravitation, comme une galaxie ou certains groupes de galaxies, ne seront toutefois pas directement agrandis par l'expansion cosmique, car leurs interactions locales dominent à leur échelle. Au fil du temps, les réserves de gaz nécessaires à la formation de nouvelles étoiles seront progressivement consommées, dispersées ou rendues moins accessibles. La naissance de nouvelles étoiles deviendra donc de plus en plus rare, tandis que les étoiles déjà existantes termineront progressivement leur évolution. L'Univers deviendrait alors de plus en plus froid, sombre et pauvre en sources capables de produire de grandes quantités d'énergie utilisable.
À des échelles de temps beaucoup plus longues, l'Univers entrerait dans une période parfois appelée ère dégénérée, durant laquelle les étoiles ordinaires auraient pratiquement toutes cessé de briller. Les étoiles les moins massives, particulièrement les naines rouges, peuvent vivre pendant des milliers de milliards d'années et seraient parmi les dernières étoiles conventionnelles encore actives. Après l'épuisement de leur combustible nucléaire, les populations stellaires seraient progressivement remplacées par des résidus tels que les naines blanches, les étoiles à neutrons et les trous noirs. Les interactions gravitationnelles continueraient pendant très longtemps à modifier les systèmes stellaires, provoquant des collisions, des captures ou l'éjection de certains objets hors de leur galaxie. Des naines brunes, des planètes et d'autres objets froids pourraient également subsister pendant des périodes considérables sans produire eux-mêmes une quantité importante de lumière visible. Sur des durées suffisamment grandes, même les structures galactiques actuelles seraient profondément transformées par ces interactions internes. L'Univers ne deviendrait donc pas soudainement vide, mais passerait progressivement d'un cosmos riche en étoiles lumineuses à un environnement dominé par des objets compacts, froids et extrêmement dispersés.
Les trous noirs pourraient représenter certains des derniers objets astrophysiques importants d'un Univers extrêmement âgé. Selon la théorie quantique des champs appliquée aux trous noirs, ceux-ci peuvent émettre un très faible rayonnement appelé rayonnement de Hawking, ce qui entraîne une perte extrêmement lente de leur masse. Pour les trous noirs astrophysiques connus, ce processus est négligeable aux échelles de temps actuelles, car leur durée de vie théorique dépasse immensément l'âge présent de l'Univers. Un trou noir de masse stellaire nécessiterait approximativement de l'ordre de 1067 ans pour s'évaporer, tandis que les trous noirs supermassifs pourraient persister pendant des durées pouvant atteindre environ 1090 à 10100 ans, selon leur masse. Lorsque l'environnement cosmique sera devenu suffisamment froid, l'évaporation par rayonnement de Hawking finirait théoriquement par devenir le mécanisme dominant de leur évolution. Les trous noirs perdraient alors progressivement leur masse jusqu'à leur disparition complète sous forme de rayonnement. Si cette description reste correcte à ces échelles extraordinaires, l'Univers finirait par ne plus contenir les imposants trous noirs qui occupent aujourd'hui le centre de nombreuses galaxies.
Après la disparition des principales sources stellaires et éventuellement des trous noirs, l'Univers pourrait évoluer vers un état extrêmement dilué correspondant à la mort thermique de l'Univers. Cette expression ne signifie pas nécessairement que toute température deviendrait exactement nulle, mais plutôt que l'énergie disponible serait répartie de telle manière qu'il deviendrait extrêmement difficile de produire des transformations macroscopiques capables d'effectuer un travail. L'entropie globale continuerait à tendre vers un état extrêmement élevé, conformément au deuxième principe de la thermodynamique. Les photons restants seraient continuellement décalés vers des longueurs d'onde de plus en plus grandes par l'expansion de l'espace. La densité moyenne de matière et de rayonnement diminuerait continuellement dans les régions en expansion. Le sort ultime des particules matérielles dépendrait également de phénomènes encore inconnus, notamment de la question de savoir si le proton est parfaitement stable ou s'il peut se désintégrer après une durée extraordinairement longue. Dans ce scénario, le cosmos finirait par être extrêmement froid, sombre et homogène à grande échelle, avec très peu de processus capables de produire de nouvelles structures complexes.
D'autres destins théoriques ont néanmoins été proposés si les propriétés futures de l'énergie sombre diffèrent de celles d'une simple constante cosmologique. Le Big Rip, ou « grande déchirure », pourrait par exemple se produire dans certains modèles où la densité d'une forme particulière d'énergie sombre augmenterait avec le temps. L'accélération cosmique deviendrait alors progressivement si intense qu'elle pourrait finir par vaincre successivement les forces maintenant ensemble les amas de galaxies, les galaxies, les systèmes planétaires et, dans les versions extrêmes du scénario, les structures atomiques elles-mêmes. Un autre scénario historique est le Big Crunch, ou « grand effondrement », dans lequel l'expansion de l'Univers s'arrêterait avant de s'inverser et de conduire à une contraction générale. Les observations actuelles d'une expansion accélérée ne favorisent pas ce scénario dans le modèle ΛCDM minimal, mais certains modèles cosmologiques plus complexes peuvent produire une évolution future différente si les propriétés de l'énergie sombre changent. Des modèles cycliques ou de Big Bounce envisagent également des phases successives d'expansion et de contraction, mais ils nécessitent une physique supplémentaire qui n'est pas établie observationnellement. Ces possibilités sont donc étudiées comme des scénarios théoriques plutôt que comme des descriptions confirmées du futur cosmique.
Selon les observations actuelles et le modèle ΛCDM, le scénario d'une expansion indéfinie accompagnée d'un refroidissement progressif constitue la conséquence naturelle d'une constante cosmologique positive qui demeure inchangée. Cette projection repose toutefois sur l'hypothèse importante que les lois physiques et les propriétés de l'énergie sombre observées aujourd'hui restent applicables pendant des durées immensément supérieures à l'âge actuel de l'Univers. Les astronomes cherchent donc à mesurer avec une précision croissante le taux d'expansion cosmique, la distribution de la matière et l'évolution de l'énergie sombre afin de tester cette hypothèse. Les supernovæ de type Ia, le fond diffus cosmologique, les oscillations acoustiques baryoniques, les lentilles gravitationnelles et la distribution des galaxies fournissent différentes méthodes permettant de contraindre les modèles cosmologiques. De futures observations pourraient révéler que l'énergie sombre évolue avec le temps ou qu'une théorie plus fondamentale de la gravitation est nécessaire pour expliquer l'accélération cosmique. Le destin ultime de l'Univers demeure ainsi une question ouverte dans ses détails, même si les données actuelles permettent déjà de construire des scénarios physiques très précis. Étudier ce futur extrêmement lointain permet finalement de tester notre compréhension de la gravitation, de la thermodynamique, de la physique des particules et de l'évolution globale du cosmos.